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Une coccinelle chez un scénariste
michel - 11/11/2009 - Module THÉMATIQUE
« Salut les filles,
Ici c’est Cocci, Cocci la coccinelle.
Je vous écris un mail avec mes petites pattes. Au secours, venez vite ! Je suis enfermée chez un scénariste. Depuis trois jours, il tente de me tuer. En plus, il n’a jamais ouvert la fenêtre, le sadique !
Au début, Jean-Michel, c’est le nom de mon tortionnaire, il était tout gentil. Il regardait, avec sa copine Agnès, ma série préférée : Californication. J’adore l’histoire de cet écrivain qui n’arrive plus à écrire. C’est pour ça que je me suis invitée chez eux.
Mais d’un seul coup, Jean-Michel a fermé la fenêtre et a déclamé :
« Je vais écrire mon scénario ».
Agnès sortie, la coccinelle que je suis s’est retrouvée enfermée dans son bureau. Seule, avec lui !
Il s’est mis à taper sur son ordinateur, à se métamorphoser en savant fou – cheveux ébouriffés, fumée qui s’échappe des oreilles – et à dégager la même odeur que le derrière des vaches.
Moi j’ai tourné dans tous les sens, cherché un conduit d’aération, un petit trou pour fuir, mais rien.
J’ai seulement trouvé de grosses boules de papier qui frôlaient mes oreilles.
« Ta gueule, la mouche ! »
Quel couillon, je suis une coccinelle, bien plus belle qu’une mouche. D’ailleurs les mouches, elles font le même bruit que le vibreur de son téléphone.
« Désolé les gars, je peux pas venir : j’écris ! Dans 10 ans, moi, je serai à L.A, le cul posé au bord d’une piscine, la main dans la culotte d’une playmate ». Zarbi ce Jean-Mi…
BANG ! Sa chaussure s’est fracassée à une patte de moi. Je tentais de me faufiler sous sa porte, mais les nerfs du futur habitant de L.A ont craqué.
« Putain, j’arrive à rien, je fais de la merde ! »
J’ai fait demi-tour, bien décidée à reprendre ma grande évasion le lendemain.
Le scénariste s’est alors endormi sur le canapé, seul, sans avoir écrit un mot et sans playmate.
Toute la nuit, il n’a pas arrêté d’allumer la lumière et de l’éteindre, de noter et de rayer.
Impossible de dormir sur ses deux ailes ! Au petit matin, je l’ai réveillé en lui sautillant sur le nez.
Sale puceron ! Ça lui apprendra à empêcher les braves coccinelles de dormir !
Il s’est levé d’un bond et m’a poursuivi dans tout le bureau en hurlant. Les petits points noirs sur mon dos sont devenus tous verts, j’ai eu une de ces peurs. Agnès a ouvert la porte et ce sauvage a hurlé :
« C’est à cause de cette coccinelle que je n’arrive pas à écrire ! »
Agnès ne l’a pas cru, il a craché le morceau.
« Je n’y arrive pas. Et puis ça ne sert à rien d’écrire. Pourquoi je m’acharne ? Pour flatter mon égo ?
Pour prouver quoi ? J’arrête ! Et dire que j’ai raté ma vocation dans la marine marchande… »
Agnès lui a proposé de faire une pause, de réparer la bibliothèque et de mieux la caler.
Elle n’aurait pas dû : « Ta bibliothèque, je la calerai bientôt ! Avec l’oscar du meilleur scénario ! »
Et il s’est remis à écrire… Il a encore bloqué.
Cette fois, il semblait triste. J’ai alors tenté de le séduire pour qu’il m’ouvre la fenêtre : un petit salto arrière, son prénom dessiné dans les airs. J’ai obtenu un grand sourire.
Confiante, je me suis approchée tout prés de lui : il a ouvert la bouche et m’a gobé comme un crapaud.
A ce moment précis les filles, j’ai vu la lumière blanche.
Heureusement, Agnès est encore entrée, Jean-Michel a ouvert la bouche et, ouf, je me suis envolée.
Agnès lui a dit que l’écriture le rendait dingue : il bouffait même les pauvres coccinelles. Elle en avait assez de ce sale crapaud. S’il n’allait pas voir « quelqu’un », elle le quitterait et il finirait comme dans Californication : séparé de celle qu’il aime, incapable d’écrire, se réfugiant dans l’autodestruction.
Ce matin, Jean-Michel est parti voir « quelqu’un ».
Je l’entends qui rentre. Venez vite me chercher ! Je suis à Paris, au 3 rue de la Maurrrrrrrrrrr
Fausse alerte, tout va bien.
Jean-Michel a parlé longtemps avec Agnès. Il lui a dit qu’il ne ferait pas comme dans Californication :
il n’attendrait pas de la perdre pour comprendre qu’elle est plus importante que l’écriture. Comme dans un mauvais scénario, ils se sont embrassés.
Et dire qu’il va arrêter l’écriture… J’aurais donc risquer mes ailes, mes pattes, ma vie ? Pour rien ?!
« Je ne peux pas arrêter, c’est plus fort que moi. Déjà tout gosse, j’inventais plein d’histoires pour séduire, la maitresse, les filles… et même les coccinelles ! »
A cet instant, je me suis posée sur sa main. Il a souri comme un enfant, et, m’a ouvert la fenêtre.
Je ne suis pas envolée, je suis restée. Je veux être la première à lire son scénario.
A bientôt les filles, je vous raconterai,
Cocci
michel - 11/11/2009 - Module THÉMATIQUE