Pourquoi construire ? (le PFA, 2e partie)

Avant d’entrer plus en détail dans les éléments du PFA (Paradigme de Field Augmenté) inauguré dans l’article précédent, et au vu des questions et remarques que cet article a suscité, je voudrais revenir sur la raison pour laquelle il est bon de construire ses récits.

La structure, qu’est-ce que c’est ?

D’abord, pour bien être d’accord, essayons de donner une définition au terme « structure ». Le terme « Structure », tel que je l’entends dans ces articles, revêt les aspects et sens suivants :

  • il concerne la forme très générale du récit, son plan général ;
  • il concerne les éléments qui soutiennent le récit sans être pour autant apparents, à l’instar des murs portants ou de la charpente d’une bâtisse ;
  • il concerne la façon dont sont organisés tous les éléments qui constituent le système complexe qu’est un récit ;
  • il concerne enfin l’agencement des évènements — à commencer par les scènes — dans une chronologie ;
  • la structure, c’est enfin le rythme produit par cet agencement des évènements.

Pourquoi structurer son récit ?

Ces articles se voulant éminemment pragmatiques, les réponses aux questions telles que celle de ce titre seront abordées non pas philosophiquement mais dans un but toujours pratique et très concret. 

On pourrait dire succinctement que la structure joue un rôle capital, à part égale avec les personnages ou les thèmes, dans l’appréhension du récit par le public, que ce récit se destine à l’écran ou à l’écrit. Qu’il est donc capital, pour l’auteur ou pour l’autrice, d’apprendre à la maitriser.

Je voudrais pourtant axer ici la réflexion sur trois points essentiels :

  • la clarté que la structure donne au récit,
  • le rythme que la structure imprime au récit,
  • le sens que la structure insuffle au récit.

La Clarté

La structure vise à la clarté du récit.

Il peut paraitre étonnant de citer la « clarté » comme première raison à la nécessité impérieuse de structure. C’est pourtant la toute première fonction de la structure qui, en organisant le discours qu’est un récit, vise à le rendre le plus intelligible possible, c’est-à-dire le plus clairement perceptible à l’audience afin que son impact soit le plus fort et le plus durable possible. L’apprentie-autrice et l’apprenti-auteur ont tout intérêt à garder cela très clairement en tête.

Ne nous méprenons pas sur le sens du terme « organiser » employé ci-dessus. En aucun cas « organiser le discours » n’implique de le présenter dans l’ordre chronologique, même si c’est la plupart du temps le cas. En aucun cas « organiser le discours » ne signifie le rendre logique, même si c’est la plupart du temps le cas. Des films comme 21 Grams, Memento ou Crash qui s’amusent de la chronologie sont pourtant de parfaites réussites formelles. Pour simplifier, dans ces films, la chronologie des histoires est volontairement abandonnée pour des raisons diverses. La progression et la clarté n’en sont pas pour autant négligées et sont même d’autant plus soignées que le discours n’est pas chronologique. On sort de ces histoires en ayant une perception claire de l’histoire qui a été racontée, on serait capable de la raconter « dans l’ordre ».

Organiser signifie plutôt : rejeter toute matière superflue. Organiser signifie plutôt : rechercher les évènements les plus aptes à produire l’effet voulu. Organiser signifie plutôt : agencer les évènements de telle sorte que l’effet — et donc la compréhension — ait le plus d’impact possible sur le public ou le lectrice et le lecteur.

Donc, plus le discours — c’est-à-dire le « parcours » — de l’histoire sera clair, et plus il pourra impacter l’audience. La structure n’est rien d’autre, en ce sens, que l’organisation d’un discours, son ordonnancement. Même le film d’action le plus basique, le moins intellectuel, a besoin d’une organisation claire pour emporter le spectateur. Les voitures puissantes et les armes à feu n’y suffisent pas.

Or, cette clarté ne commence pas lorsque l’on doit écrire un dialogue compréhensible, elle commence dans l’agencement même des évènements, agencement qui doit être toujours choisi avec cette préoccupation de clarté. Et plus ce parcours est complexe, plus cet agencement doit s’efforcer de palier cette complexité pour laisser toujours percevoir le discours. Nous verrons comment le faire par la suite.

Une histoire mal organisée, tout comme un discours mal préparé, ne sait jamais où elle va. Au contraire, une histoire solidement architecturée, qui rend perceptible toutes les « marches » de son ascension dramatique parce qu’elles sont correctement traitées et qu’elles se trouvent à leur juste place a toutes les chances d’accrocher l’attention.

La clarté n’est pas suffisante pour créer une histoire captivante,
mais cette clarté est nécessaire et même indispensable.

Notez qu’ici je parle du résultat du travail et absolument de la façon d’y parvenir — ce sera l’objet des articles suivants. Pour y parvenir, on peut emprunter des voies aussi diverse que celle de Stephen King, qui rédige sa toute première version sans rien savoir de son histoire, de son plan, ou celle d’un Bernard Werber qui planifie tout (pour ne citer que deux auteurs qui ont partagé leur méthode).


Le Rythme

La structure vise également à créer du rythme, rythme indispensable pour maintenir l’intérêt et l’attention du public.

On reviendra en détail sur cette notion de rythme et l’outil puissant qu’il peut devenir entre les mains de l’auteur avisé, mais pour le moment, je me contenterai de dire que le rythme permet en tout premier lieu de jouer avec l’attention du public, de le maintenir éveillé d’un bout à l’autre de l’histoire.


Le sens

Pour le sens, on pourra relire l’article consacré à ce sujet, dans le film The Titanic.


Quand faut-il aborder la structure de son récit ?

C’est une autre question qu’on peut se poser et la réponse est simple :

Il convient d’aborder la structure de son récit le plus tôt possible.

C’est-à-dire assez tard dans le développement, car ce « possible » induit de connaitre énormément d’éléments de son histoire, les personnages, les thèmes, la façon de les aborder, les objectifs, les intrigues, etc.

Mais de par sa difficulté propre, la structure doit rester dans les préoccupations premières de l’auteur et de l’autrice, qui devra s’entrainer le plus tôt possible à « penser structurellement » et interroger toujours sa structure dès qu’il le peut.

Cependant, ne tombez jamais dans l’écueil — trop souvent conseillé — d’attendre d’obtenir la structure de votre récit avant de vous lancer à l’intérieur de ce récit. Si la structure est dépendante de tous les autres éléments narratifs — ce qu’elle est —, alors comment pourrions-nous la déterminer autrement que froidement sans connaitre, sans développer tous ces autres éléments ? Comment pourrions-nous la faire reposer sur les émotions sans connaitre suffisamment vos personnages ? Sans connaitre suffisamment bien vos thèmes et ce que vous voulez en dire ? Comment pourrions-nous la concevoir sans connaitre suffisamment bien les forces dynamiques — objectifs, obstacles, conflits — sur lesquelles nous allons faire reposer votre récit ?

Quand on en est à la phase d’apprentissage de l’écriture, se refuser à entrer dans le cœur du récit avant d’avoir établi la structure produit toujours le même résultat : une structure froide, intellectuelle, désincarnée, rationnelle. Une structure où dans le meilleur des cas on trouvera du conflit, mais du conflit pour du conflit. En bref : tous les ingrédients susceptibles de décourager l’audience…

C’est un des écueils de l’apprentissage de l’écriture en général : on s’échine trop souvent à inculquer à l’apprentie-autrice ou l’apprenti-auteur les méthodes utilisées par les auteurs aguerris. Or, les conseils donnés à un auteur expérimenté — donc un auteur qui a acquis une maturité artistique suffisante — ne peuvent pas s’appliquer tels quels à une autrice débutante ou un auteur débutant qui a tout à apprendre, tout à comprendre, tout à maturer, à commencer par la notion d’art elle-même. Il est donc indispensable de garder en tête, tout au long de son apprentissage, que :

Les méthodes employées par l’auteur aguerri sont très souvent de mauvais conseils pour l’apprenti-auteur.

Dans la Spirale de développement

La structure, comme le reste des ingrédients principaux d’une histoire, doit se développer selon le principe de la « Spirale de développement » que je détaillerai plus tard.

Pour résumer cette méthode, la spirale de développement consiste à concevoir le projet à partir de plusieurs documents définis — un sur les personnages, un sur la dynamique narrative, un sur les Fondamentales, un sur la structure, etc. — qu’on travaille en parallèle, de façon de plus en plus approfondie et précise, en reprenant le premier lorsque l’on a atteint le dernier, en s’efforçant de se rapprocher chaque fois un peu plus du cœur de son récit.

Ce qui revient à dire que la structure doit se développer en même temps que l’on développe ses personnages, en même temps que l’on développe l’objectif et les obstacles, en même temps que l’on développe ses thèmes et tous les autres éléments décisifs du récit.

C’est une méthode agile, qui reste souple et très créative, les trouvailles d’un des aspects pouvant stimuler d’autres trouvailles dans un autre.


Conclusion

On gardera donc bien en tête, en abordant les articles qui suivent, que l’élaboration ne se focalisera jamais exclusivement sur le PFA, sur la structure. En parallèle sera toujours sous-entendu de développer, par le biais de brainstormings par exemple, tous les autres éléments, au gré de ses inspirations et ses besoins.


To be continued…

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