Voilà bien le pire tic d’écriture — et tic de jeu — que l’on trouve partout et principalement au théâtre, colporté par des auteurs aussi éminents que Molière. On le trouve encore beaucoup, malheureusement, dans la littérature dès qu’un personnage s’exclame.
– Au voleur ! Au voleur ! À l’assassin !
Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : ça n’est rien d’autre qu’un tic d’écriture. Il faudra qu’on m’explique ce qu’apporte (hormis de la lourdeur) ce redoublement de “Au voleur !”.
Avouons-le. “– Au voleur ! À l’assassin !” porterait strictement le même sens, serait plus léger et serait bien plus efficace. Car on y sent plus le glissement d’un mot à l’autre, de “voleur” à “assassin”, avec tout ce que ce glissement contient d’ironie, d’humour.
C’est autant un cliché de jeu qu’un cliché d’écriture.
Qui, dans la vie, s’exprime de cette manière ? en redoublant ses exclamations ? Même lorsqu’il nous arrive de répéter, jamais ça n’est fait sur le même ton, jamais ça n’est une répétition stricte comme ici et l’écriture devrait en témoigner. Nous pouvons avoir des “Arrête… Arrête !”, ce qui n’est pas un tic mais une volonté affichée de créer une évolution.
Au-delà du côté artificiel, nous savons que la répétition est le pire ennemi du style, lorsqu’elle n’appartient pas à une forme rhétorique qui neutralise ses écueils par sa nature même, comme l’anaphore (“moi Président…”) l’épanalepse (“L’homme est un loup pour l’homme”) ou la symploque (“Qui voudrait lire ça ? Personne. Qui voudrait l’entendre ? Personne.”) pour ne citer que ces figures classiques.
Au cinéma, il n’est que dans les mauvais films — et les mauvais scénarios — qu’on trouve encore aujourd’hui ce tic d’écriture. Alors même que le cinéma a fini d’être l’héritage direct du théâtre.
Heureusement, le cinéma étant plus rigoureux que la littérature au niveau de son “imitation de la vie”, de la “réalité”, pouvant moins se permettre aussi d’être maniériste, il a abandonné depuis longtemps ce cliché. Il invente certains usages, c’est vrai (de plus en plus vite et fort : “non non non non non”) mais ces usages sont abandonnés aussitôt qu’ils deviennent des tics, des clichés.
Nous devrions nous en inspirer pour ne plus en user ni dans notre prose ni dans nos dialogues.

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