Coaching d’une jeune écrivaine (5)

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Rien ne sert de protéger ses écrits…

… en tout cas, ça ne sert à rien si on s’arrête à ça.


S’apprivoiser

C’est avec amusement que j’ai senti que Nancy, au tout début de notre relation, ne voulait pas me lâcher son manuscrit. La confiance n’était pas encore installée, elle m’avait rencontré sur Facebook et n’avait aucune raison de me faire confiance.

J’avais trouvé son attitude très saine. 😃

Je l’avais même anticipé et lui avais pudiquement demandé, pour être en mesure de prendre la décision de l’accompagner ou non, de m’envoyer seulement quelques extraits, bien choisis, ou les premières pages de son roman.

Elle a décidé de me transmettre quelques extraits (bien choisis, en plus).


Briser la glace

Mais à un moment donné, il fallut bien lâcher la prise, donner du lest, je ne pouvais plus me contenter de simples extraits, il fallait que je puisse juger sur la longueur, sur le souffle, à l’endurance 😃.

Prenant le taureau par les cornes, je lui ai demandé si son manuscrit était protégé, si elle avait fait le nécessaire pour se protéger du plagiat, du vol d’idée, patati patata.

Oui, elle avait fait tout ce que les gens qui n’y connaissent rien — c’est-à-dire les plus bavards sur FB — lui avaient conseillé de faire 🥳 : s’envoyer le manuscrit dans une enveloppe scellée, se l’envoyer par mail en PDF, faire un dépôt INPI, une enveloppe SOLEAU, à la SGDL, à la SACD, sur copyrigthdepot, etc., etc.


Toutes choses inutiles

La plupart des autrices et des auteurs se contentent de ce genre de protection sans savoir que ça ne sert à rien, lui dis-je.

On ferait toutes ces démarches, toutes, notre prose n’en serait pas pour autant protégée du plagiat. Loin s’en faut.

Heureusement, les procès pour plagiat sont rares, donc finalement on peut dire n’importe quoi sur la façon de se prémunir, puisque ça ne sert à rien, ça fonctionnera toujours. 

L’autrice ou l’auteur se sent protégé(e) donc rassuré(e) et c’est le principal.

Jusqu’à ce que l’on en ait vraiment besoin…

Moi, justement, à l’heure où j’écris ces mots, je suis en procès avec deux gros producteurs de la place parisienne pour plagiat doublé de parasitisme (pour ne prendre aucun risque, je citerai leur nom dans un prochain article, lorsque le procès, et son appel, auront eu lieu — c’est déjà programmé que je fasse un article là-dessus).

Et là, donc, on se rend compte que le dépôt est une chose utile, mais largement pas suffisante (heureusement que je le savais avant).


Ce qui compte vraiment

En fait, si l’on se penche sur les rares procès qui ont eu lieu, et surtout ceux, beaucoup plus nombreux, qui n’ont pas pu se faire (réglés par médiation), le problème est toujours le même, la pierre d’achoppement est toujours la même :

Un dépôt ne sert à rien si vous ne parvenez pas à prouver que votre projet a pu être lu par celui que vous accusez de plagiat.

Il lui suffit d’arguer haut et fort « Mais je n’ai jamais lu ce machin ! » et, ça y est, vous avez perdu, même après tous les dépôts précités.

Même si l’on retrouve des idées identiques dans les deux œuvres. Une idée n’est jamais protégée, de toute façon, elle est toujours dans l’air (surtout si deux personnes l’ont eu en même temps…).

Même si, mieux, on retrouve un traitement identique d’une idée (ce qui se protège vraiment).

Même si la forme est la même, les personnages sont les mêmes…

Parce que le premier requis, pour que le procès soit accepté par la justice (et avant par une avocate ou un avocat sérieux), c’est que l’accusateur (l’autrice, l’auteur) puisse démontrer de façon indéniable que l’accusé a bien pu lire le projet, qu’il l’a approché de très près.

Sans cette condition, l’autrice ou l’auteur perdra toujours.


La bonne façon de faire

En d’autres termes, ce qu’il faut obtenir en réalité, après avoir déposé le projet quelque part, n’importe où, ce sont des preuves de lectures par ceux et celles à qui vous l’envoyez.

J’ai expliqué à Nancy comment je m’y prenais.

Toujours pareil.

Lâchement.

J’écris un mail, unique, qui n’est consacré qu’à cet envoi, donc avec le PDF joint.

J’aborde le problème de la version papier plus bas.

Hello Simon, ma petite brute préférée,

Ci-joint le manuscrit de la version 4 de mon roman “Ceci n’est pas un plagiat”.

Pourrais-tu me confirmer que tu l’a bien reçue, que je puisse être sûr qu’il n’a pas atterri dans ton dossier spams comme ça arrive fréquemment aujourd’hui quand il y a un gros fichier ?

D’avance je te remercie, ma petite caille, et je te souhaite évidemment une bonne excellente lecture (ne t’arrête pas à la page 5 comme la dernière fois, stp)

Bien à toi, encore merci,

Napoléon

Bien sûr, on peut faire, de la même manière, une version plus officielle où l’on mettra plutôt :

Bonjour Madame, Monsieur,

Comme convenu au cours de notre dernier échange, je vous transmets la version 4 de mon roman “Ceci n’est pas un plagiat” auquel vous avez eu la gentillesse de vous intéresser.

Pourriez-vous me confirmer que vous avez bien reçu ce document et que vous avez pu l’ouvrir sans problème, afin que je puisse vous le renvoyer, le cas échéant, s’il a atterri dans votre dossier spams ?

En vous remerciant d’avance, je vous en souhaite bonne réception. Je vous souhaite également de trouver dans sa lecture le même plaisir que celui que j’ai eu à l’écrire.

En restant à votre disposition pour toute information complémentaire,

Bien cordialement,

Ph.P.

Et ça ne manque pas, on reçoit pratiquement toujours le même retour.

J’ai bien reçu votre manuscrit et j’ai pu l’ouvrir sans souci.

Pour la version papier, il y a plusieurs moyens de faire, en joignant par exemple une petite lettre demandant au receveur de vous confirmer la bonne réception. En doublant cette lettre d’un mail envoyé quelques jours plus tard.

Notez que pour les maisons d’édition il n’y a pas de problèmes puisqu’elles vous confirment toujours la bonne réception dudit manuscrit. Et, de toute façon, une maison d’édition ne plagiera jamais votre œuvre…


Ça n’est pas fini

On n’en a pas encore tout à fait fini, expliquai-je à Nancy.

Il reste à :

  • faire un dossier portant par exemple le nom du destinataire dans un dossier “envois” du projet,
  • mettre dedans :
    • un PDF du mail d’envoi,
    • le PDF du manuscrit envoyé (c’est important, même si ça fait beaucoup de copies),
    • un PDF du mail de confirmation de bonne réception (capital — même si les autorités pourront toujours le demander au provider du plagieur),
  • compresser ce dossier,
  • le déposer par exemple sur Github, comme un repository normal.

Je vous conseille d’avoir toujours un dépôt Github, ça vous permet de gérer facilement vos versions et, surtout, comme il s’agit d’un gestionnaire de version très sérieux, il garde scrupuleusement les traces des dates de dépôt. On pourrait même s’en contenter pour considérer que le projet est sauvé (n’ayant jamais eu vent de procès qui auraient accepté un dépôt Github, je préfère ne pas l’affirmer).

Bien entendu, si vous êtes de caractère anxieux, ce dépôt Github doit être “privé” (private repository) afin que personne ne puisse avoir accès à votre zip.

Et voilà, à présent, votre travail est réellement protégé et vous serez en mesure de démontrer que telle ou telle personne a bien été en contact avec votre œuvre.


Veille documentaire

Il ne vous reste plus qu’à suivre un peu les développements des boites à qui vous avez envoyé votre travail (un an plus tard), au cas où (dans les livres parus, les films, etc.)

Concernant mon procès, j’ai eu la chance d’être alerté par une proche qui m’a appelé pour me dire “Oh, t’as vu, il y a ta série qui passe à la télé”. C’est de cette manière que j’ai découvert le pot aux roses (je n’ai pas la télé).

Et malheureusement pour les producteurs crapuleux, j’avais toutes les preuves nécessaires pour prouver qu’ils avaient bien été en contact avec mon travail (ça n’a pas été compliqué, du reste, puisqu’ils l’avaient acheté… — c’est la raison pour laquelle le procès est aussi pour parasitage puisqu’en l’achetant ils m’ont empêché de le développer ailleurs).


Ne plus dire de bêtises

Nancy a été tout à fait rassurée de procéder de cette manière et j’ai pu, enfin, lire l’intégralité de son manuscrit ! (oui, oui, je lui ai fait le mail de bonne réception ! 😃)

Et dorénavant, je sais qu’elle ne colportera pas ces bêtises de protection qu’on lit un peu partout et qui sont, vous l’avez compris maintenant, malheureusement vaines si on s’y arrête. 

Sauf si, bien entendu, on considère qu’elles ne sont là que pour rasséréner la parano naturelle de l’autrice ou de l’auteur… Et là-dessus, elles sont pleinement efficaces ! 😊

PS : Vous voulez mettre un terme à cette croyance dangereuse de la protection du manuscrit ?… N’hésitez pas à diffuser cette information autour de vous — en partageant ce post par exemple. Les futures autrices plagiées et les futurs auteurs plagiés vous en remercient d’avance 😃.


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