Catégorie : leçons des citations

  • Une histoire est un mensonge où tout est vrai. Et réciproquement : une histoire se doit d’être une vérité où pourtant tout est faux.

    LA CITATION

    “ Une histoire est un mensonge où tout est vrai. Et réciproquement : une histoire se doit d’être une vérité où pourtant tout est faux. ”

    Ph. Perret (Collection Narration)

    MON INTERPRÉTATION

    C’est un des grands paradoxes de l’écriture et de la conception des récits. Une fiction raconte une histoire qui n’existe pas — même lorsqu’elle s’inspire de faits réels —, c’est parfois une totale invention et pourtant elle doit paraitre vrai, même lorsque tout y est faux.

    Plus fort encore, elle doit même le paraitre lorsqu’il est patent que tout y est faux, quand, par exemple, les animaux se mettent à parler notre langue, quand les objets, des théières, se mettent à danser ou encore lorsque des hommes et des femmes comme vous et moi possèdent des pouvoirs extraordinaires.

    Et pourtant, malgré ces invraisemblances qui font appel à ce que l’on désigne par la suspension de l’incrédulité du lecteur ou du spectateur, il est indispensable de faire du faux vrai pour maintenir l’illusion de vérité.

    ET VOUS ? COMMENT LA COMPRENEZ-VOUS ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Sait-on ce que c’est qu’écrire ? Une ancienne et très vague mais jalouse pratique, dont gît le sens au mystère du cœur.

    LA CITATION

    “ Sait-on ce que c’est qu’écrire ? Une ancienne et très vague mais jalouse pratique, dont gît le sens au mystère du cœur. ”

    Stéphane MALLARMÉ (Quelques Médaillons et portraits en pied, Villiers de l’Isle-Adam)

    MON INTERPRÉTATION

    Mallarmé définit ce qu’est pour lui l’écriture. Il ne la définit pas comme un art mais comme une pratique, une pratique même très vague, c’est-à-dire pas très bien circonscrite, une pratique protéiforme, c’est-à-dire sans forme réellement définie. Une pratique jalouse aussi parce que peut-être nombreux sont ceux qui voudraient la maitriser. On s’en rend compte sur les réseaux de tout poil…

    Et, bien entendu, le plus important, elle permet de révéler le sens. Et l’on a envie de comprendre ce verbe gésir (“dont gît le sens”) (*) comme le verbe jaillir, car elle permet de propulser le sens hors de soi, hors du cœur, d’éclairer les mystères les plus profonds.

    (*) On en a d’autant plus envie que l’idiome “gésir de” — qu’implique le “dont” — ne signifie rien dans la syntaxe française.

    ET VOUS ? COMMENT LA COMPRENEZ-VOUS ?

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  • Aimer est aussi action.

    LA CITATION

    “ Aimer est aussi action. ”

    Marie René Alexis Saint-Léger Léger, dit SAINT-JOHN PERSE (Amers, 1957)

    MON INTERPRÉTATION

    Bob Goff le dit aussi : l’amour est une énergie qui doit être dépensée. 

    Mais si cette citation apparait ici, sur ce blog dédié à la narration, c’est pour inviter les apprentis autrices et apprentis auteurs à envisager, dans leurs histoires, l’amour en tant qu’action au même titre que n’importe quelle autre action plus physique.

    L’amour, force qui attire deux personnes l’une vers l’autre, doit devenir dans un récit une action narrative en instituant une dynamique, c’est-à-dire, au sens où j’entends le terme “dynamique” : définir des objectifs, des obstacles, des conflits. Et son intrigue doit dessiner une courbe aussi cohérente que n’importe quelle courbe d’intrigue.

    En d’autres termes, en matière de narration, le fait d’aimer ne doit pas nécessairement rester un état contemplatif et béat. Il doit pousser à l’action et, pourquoi pas, pousser même à la folie, au déplacement de montages.

    ET VOUS ? COMMENT LA COMPRENEZ-VOUS ?

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  • L’art doit chercher son langage dans le langage et contre le langage. 

    LA CITATION

    “ L’art doit chercher son langage dans le langage et contre le langage. ”

    Gaétan PICON (Les Lignes de la main)

    MON INTERPRÉTATION

    Serait-ce une invitation à profiter des héritages du passé tout en produisant une approche nouvelle ? L’artiste doit-il être comme Janus, tourné vers le passé tout autant que vers le futur, et il doit savoir détruire tout en respectant ce qu’il détruit ?

    Plus simplement, j’y vois aussi l’idée du travail propre à l’écriture qui consiste, en premier lieu, à maitriser les idiotismes (formules idiomatiques — mais je ne parle pas des clichés de langage, ici). Or, l’écriture, d’après cette citation, peut consister aussi à refuser ces idiotismes, à écrire contre eux pour proposer des formules nouvelles.

    La difficulté étant, ici, que ça n’apparaisse pas comme une faiblesse, comme une ignorance de la formule originelle. Pour ce faire, la nouvelle formule doit être plus évocatrice encore que l’idiotisme.

    Ce “contre le langage” résonne aussi, évidemment, avec le “penser contre soi-même” de Sartre, mais j’avoue que je vois pas ce que l’analogie peut impliquer pour cette citation. Si vous en avez une idée, je serais ravi d’avoir votre avis.

    ET VOUS ? COMMENT LA COMPRENEZ-VOUS ?

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  • Écrire purement en français, c’est un soin et un amusement qui récompense quelque peu l’ennui d’écrire.

    LA CITATION

    “ Écrire purement en français, c’est un soin et un amusement qui récompense quelque peu l’ennui d’écrire. ”

    Paul VALÉRY (Choses tues (1930))

    MON INTERPRÉTATION

    Il faut voir un peu d’ironie dans cet “ennui d’écrire” dont parle ici Valéry et le comprendre plutôt comme une difficulté de l’écriture, une pénibilité de l’écriture. Il choisit le mot “ennui” simplement pour qu’il s’oppose à “soin” et à “amusement”.

    Et il indique que prendre la peine de bien écrire, en bon français, sans faute, est une partie technique de la rédaction que l’on peut aborder avec plaisir et pratiquer avec soin —  “soin” qu’il faut entendre ici avec les mêmes résonances que dans l’expression “prendre soin de quelqu’un qu’on aime”.

    ET VOUS ? COMMENT LA COMPRENEZ-VOUS ?

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  • S’interroger sur ce que l’on écrit est bien, s’interroger sur ce que l’on n’écrit pas est mieux encore. 

    S’interroger sur ce que l’on écrit est bien, s’interroger sur ce que l’on n’écrit pas est mieux encore.

    Phil (Collection Narration)

    Comme je la comprends

    Par cette invitation, je veux dire qu’il est bon aussi de penser à toutes ces choses que l’on écrit pas dans un texte.

    Mais il s’agit moins de prendre conscience de tout ce que l’on aurait pu marquer — ce qui serait impossible — que de savoir supprimer des choses, ne pas les dire, les retirer, pour produire un effet plus grand qu’il ne l’est (suivant le principe du “less is more” — “moins l’on en fait, plus l’on en fait”).

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Écrire, c’est mettre en ordre ses obsessions.

    Écrire, c’est mettre en ordre ses obsessions.

    Jean GRENIER (Albert Camus)

    Comment je la comprends

    Cette affirmation traite bien entendu de la faculté introspective de l’écriture, souvent mentionnée par les auteurs et les autrices.

    L’écriture, par son aspect artisanal, permet un travail tout particulier de modelage et en même temps d’assouplissement de ce qui peut nous obséder. 

    On peut se “désobséder” par ce travail, on peut parvenir à comprendre ses obsessions, on peut les expurger en les exprimant hors de soi (même si l’idée, ici, n’est pas tant de les sortir de soi que de les mettre en ordre, c’est-à-dire, plutôt, de les rationaliser, de les comprendre, de les ordonner).

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.

    Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.

    Victor HUGO (Les Contemplations (1856))

    Comme je la comprends

    Dans son poème, Hugo parle en réalité des mots, de leur aspect protéiforme, de leur capacité à prendre toutes les formes, à remplir toutes les fonctions, à produire tous les états.

    On pourrait entendre cette affirmation au niveau de l’étymologie, de l’évolution du mot dans le temps, qui comme un être vivant subit de lentes mutations, des modifications d’organe, des extinctions d’espèce et des naissances.

    Mais on peut entendre aussi cette précision du poète au niveau du simple mot dans la phrase, du simple mot dans le texte. Ce mot qui peut changer subtilement de couleur, de force, de sens, suivant le contexte dans lequel il se trouve. Il suffit parfois de modifier une virgule pour voir ce mot prendre un tout autre aspect, de la même manière qu’une humeur changeante peut modifier le visage d’un être vivant, d’un être humain.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Pour écrire, il faut déjà écrire.

    Pour écrire, il faut déjà écrire.

    Maurice BLANCHOT (L’Espace littéraire, 1968)

    Comme je la comprends

    Il s’agit certainement d’un conseil aux jeunes auteurs pour leur signifier que pour apprendre à écrire, ce qu’il faut déjà commencer par faire, au lieu de lire des livres sur l’écriture, au lieu de consulter des manuels, au lieu de visiter ce site ;-), au lieu de lire tout simplement, c’est déjà de commencer à écrire et d’écrire en priorité.

    C’est une reformulation du célèbre “C’est en forgeant qu’on devient forgeron.” C’est par la pratique que s’apprend l’écriture, comme tout artisanat.

    L’autre sens qu’on pourrait y voir serait de dire que pour devenir écrivain, il faut déjà être écrivain. Que pour écrire professionnellement il faut déjà écrire de manière professionnelle. Il soulignerait par là le côté “serpent qui se mord la queue” de ces métiers où l’on vous demande d’avoir déjà de l’expérience comme préalable au fait de vous donner votre chance de débuter (sic).

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’excès est une preuve d’idéalité : aller au-delà du besoin.

    L’excès est une preuve d’idéalité : aller au-delà du besoin.

    Gustave FLAUBERT (Carnets)

    Comme je la comprends

    Par cette citation, Flaubert définit plus ce qui est pour lui l’idéal qu’il ne parle de l’excès — même si son affirmation tente de disculper cet excès souvent décrié par les grands maîtres. Et pour Flaubert, l’idéal, c’est aller au-delà du besoin, pour lui, ce qui est idéal dépasse la nécessité, excède cette nécessité.

    Mais l’on pourrait définir l’idéal tout autrement. Ne pourrait-il pas être, au contraire, de se limiter justement au besoin, de se limiter au nécessaire, et de produire tout de même une œuvre d’art, à l’instar par exemple du Bauhaus ?

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.