Catégorie : leçons des citations

  • Il est aussi facile de rêver un livre qu’il est difficile de le faire.

    Il est aussi facile de rêver un livre
    qu’il est difficile de le faire.

    Honoré de BALZAC (Le Cabinet des Antiques (1839))

    Comment je la comprends

    Et c’est une illusion qui désarçonne beaucoup d’apprentis-auteurs qui se lancent un peu naïvement et sans aucune préparation, à la première idée enthousiasmante, dans la rédaction de leur premier roman ou leur premier script.

    Et le plus cruel est que le temps ne fait rien à l’affaire : l’exigence grandissante fait perdre en facilité ce qu’on pourrait acquérir par expérience.

    Rien ni aucune médication ne pourra jamais acquitter l’auteur ou l’autrice des efforts d’un accouchement artistique.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action.

    Il faut agir en homme de pensée
    et penser en homme d’action.

    Henri BERGSON (Ecrits et paroles, Message au Congrès Descartes)

    Comment je la comprends

    Lumineuse façon d’exprimer le fait que la pensée et l’action sont deux entités qui doivent s’imbriquer l’une dans l’autre dans l’esprit de l’homme ou la femme supérieure, à l’image du yin et du yang taoïste.

    Mais c’est également une leçon d’écriture des personnages, surtout les personnages de cinéma, qui invite, d’un côté, à mettre toujours du sens dans l’action d’un personnage, c’est-à-dire que jamais il n’agisse sans que l’auteur ou l’autrice ne sache pourquoi ; et de l’autre à toujours incarner les pensées de ce personnage dans des actes précis et signifiants, afin que le spectateur ou la spectatrice puisse toujours en suivre l’évolution.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Entre deux mots, il faut choisir le moindre.

    Entre deux mots, il faut choisir le moindre.

    Paul VALÉRY (Tel Quel (1941))

    Comment je la comprends

    Valéry fait ici, bien entendu, un jeu de « maux ». Il faut toujours opter pour le moindre mal, pour ce qui va causer le moins de dégât.

    Mais concernant les « mots », la leçon est plus profonde. Elle est reliée au principe du plus grand effet pour le plus petit évènement. L’artiste véritable a compris que plus il voulait produire un effet important sur son auditoire ou son lecteur/sa lectrice, plus il ou elle devait chercher l’évènement le plus petit, l’incident le plus anodin.

    Au niveau de la littérature et des mots, cet incident le plus anodin, c’est le mot le moindre, le plus simple, le plus évident. Dans un contexte bien conçu, écrire « Elle pleure » (évènement, moindre mot) sera mille fois plus émouvant (effet) que d’écrire « Elle se mit à verser des larmes ».

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez.

    Pour me tirer des pleurs,
    il faut que vous pleuriez.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’Art poétique (1674))

    Comment je la comprends

    Boileau nous invite ici à ressentir les émotions que nous voulons transmettre. Comment ces émotions pourraient-elles toucher et atteindre le lecteur, la lectrice ou le spectateur, la spectatrice si l’auteur lui-même ou l’autrice ne les ressent pas ? Il ou elle pourrait les singer jusqu’à un certain point, mais ne peut toucher profondément qu’en étant sincère avec ces émotions.

    Soulignons tout de même qu’il s’agit ici d’un temps de l’écriture, celui que je pourrais appeler le temps de l’inspiration, ce temps où nous sommes en plain-contact — comme on dit de plain-pied — avec l’émotion pour mieux la retranscrire. Mais il existe d’autres temps de l’écriture où c’est la leçon de Verlaine que nous devons écouter, lorsqu’il dit : « Ce qu’il nous faut à nous, […] qui faisons des vers émus très froidement […] c’est la science conquise et le sommeil dompté […], c’est l’Obstination et c’est la Volonté. » (Épilogue III des Poèmes saturniens).

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Écrire est un métier […] qui s’apprend en écrivant.

    Écrire est un métier […] qui
    s’apprend en écrivant.

    Simone DE BEAUVOIR (La Force de l’âge (1960))

    Comment je la comprends

    À nouveau une citation invitant à la pratique. L’écriture est un artisanat, et ça n’est pas dans les livres qu’on devient artisan, c’est en forgeant, c’est en pratiquant, c’est en se confrontant concrètement aux problèmes de la réalité. L’art ne peut venir qu’ensuite.

    Ici, le terme « métier » banalise avec lucidité l’acte de l’écriture, invitant implicitement à la pratiquer quotidiennement et de façon constante, comme n’importe quel métier.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Tout livre a pour collaborateur son lecteur.

    Tout livre a pour collaborateur son lecteur.

    Maurice BARRÈS (Stanislas de Guaita)

    Comment je la comprends

    Une citation que j’affectionne tout particulièrement et qui a toujours été pour moi un guide d’écriture et de pédagogie.

    Elle souligne l’importance du lecteur, de la lectrice — ou du spectateur, de la spectatrice — dans la « création » de l’œuvre. Barrès parle bien de collaborateur, il pourrait presque parler de coauteur.

    Et si le lecteur/spectateur est si important dans la création de l’œuvre, alors il est important de le prendre en considération dès les prémisses et pendant tout le développement.

    Non pas pour le flatter ou le caresser dans le sens du poil, mais pour tenir compte de son intelligence et de ses sentiments, et lui laisser une place suffisamment grande dans le récit (ce que j’appelle l’espace d’implication).

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.

    Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.

    BAUDELAIRE (L’Art romantique (1852))

    Comment je la comprends

    C’est une magnifique façon de parler du pouvoir de la langue et de l’écriture.

    On regrette parfois que la plupart des gens, les apprenties autrices et les apprentis auteurs eux-mêmes, ne connaissent pas le pouvoir et la puissance de ce qu’ils ont sous les doigts lorsqu’ils écrivent. Ils pensent qu’ils « n’en sont pas capables » alors que ce pouvoir et cette puissance ne viennent pas d’eux, mais du matériau qu’ils manipulent.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Sans la justesse de l’expression, pas de poésie.

    Sans la justesse de l’expression,
    pas de poésie.

    Théodore de BANVILLE (Petit Traité de poésie française)

    Comment je la comprends

    Banville souligne par cette affirmation et le choix du terme justesse la similarité existant entre une expression fausse et une fausse note musicale. De la même manière qu’une fausse note, dans le chant, peut casser toute la magie de la musique, une écriture qui ne serait pas juste briserait la magie de l’écrit qu’on appelle poésie.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Le vrai poète est celui qui trouve l’idée en forgeant le vers.

    Le vrai poète est celui qui trouve
    l’idée en forgeant le vers.

    ALAIN (Préliminaires à l’esthétique (1940))

    Comment je la comprends

    Cette citation d’Alain veut réaffirmer le statut d’artisanat de l’écriture. Ça n’est pas en pensant ou en philosophant que l’idée formulée se découvre, c’est en travaillant la formulation elle-même, dans la chair du texte.

    En la travaillant même au corps comme le suggère le verbe employé par Alain : forger. Un travail de forge, de fer en fusion, de sueur.

    Notons que lorsqu’il parle de « poète », c’est simplement pour employer « vers » dans son affirmation, qui a valeur d’allégorie. Elle s’applique en vérité à tout travail d’écriture et même à tout travail artistique, quel qu’il soit.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • C’est toujours par ce qu’elle contient de vérité qu’une œuvre nouvelle choque ses contemporains.

    C’est toujours par ce qu’elle contien
    de vérité qu’une œuvre nouvelle
    choque ses contemporains.

    Henri BATAILLE (La Marche nuptiale)

    Comment je la comprends

    Je ne sais pas si c’est effectivement toujours le cas, mais il est vrai que l’artiste qui choque, qui provoque sans le vouloir parfois, ne fait souvent que révéler au grand jour des vérités que la plupart des gens ne voudraient pas voir.

    Cela s’explique aussi par le fait que les désirs du quidam et de l’artiste vont en sens opposé : le quidam voudrait ne pas voir ce que son temps apporte d’horreur et d’outrageant alors que l’artiste, naturellement attiré(e) par le neuf et le nouveau, en fait son terrain de jeu et d’expression.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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