Catégorie : leçons des citations

  • Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites « Il pleut, il neige ».

    Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites « Il pleut, il neige ».

    La Bruyère (Les Caractères)

    Comment je la comprends

    Par ces mots, La Bruyère invite l’auteur ou l’autrice à ne pas se lancer à tort et à travers dans des circonvolutions de langage plus absconses les unes que les autres. Il les invite à dire le plus simplement du monde ce qui est, avec les mots les plus simples qui soient.

    Le grand avantage de cette technique est de reléguer le style en arrière-plan pour laisser vivre pleinement l’idée ou l’image ; ainsi, ni l’une ni l’autre ne se retrouve couverte d’un voile de prétention littéraire qui n’a pour but que de mettre l’auteur en avant, lui et ses biceps ; le lecteur ou la lectrice peut profiter de cette image ou de cette idée dans toute sa dimension.

    Voir aussi la citation de Georges Simenon qui reprend et déforme sans la nier cette citation.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Nos sentiments ne sont-ils pas, pour ainsi dire, écrits sur les choses qui nous entourent ?.

    Nos sentiments ne sont-ils pas,
    pour ainsi dire, écrits sur les choses
    qui nous entourent ?

    Honoré de BALZAC (Béatrix)

    Comment je la comprends

    Ce pourrait être de la part de Balzac une belle leçon d’écriture, une belle leçon de construction de personnage.

    Une sorte d’appel à la « construction par l’environnement » : révéler les sentiments de nos personnages par le soin des objets dont on va décider de les entourer.

    On connait les photos d’enfants et de conjoint disposées sur un bureau, mais on pourrait aller plus loin encore !

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Il n’y a pas de grande œuvre qui soit dogmatique.

    Il n’y a pas de grande œuvre qui soit dogmatique.

    Roland BARTHES (Mythologies (1957))

    Comment je la comprends

    Barthes condamne par cette affirmation le dogmatisme, doctrine qui suppose une vérité absolue et unique dispensée de tout doute et critique.

    Pour moi, un ouvrage pédagogique, d’autant plus lorsqu’il concerne l’art, doit s’efforcer de ne pas céder à ce travers et, au contraire, doit laisser une place raisonnable aux doutes et aux critiques et ne pas affirmer péremptoirement des vérités qui ne sont peut-être que passagères.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Ce qui est le meilleur dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien.

    Ce qui est le meilleur dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien.

    Paul VALÉRY (Mauvaises pensées et autres)

    Comment je la comprends

    Par cette citation, Paul Valéry distingue deux formes de nouveautés. La « pure » nouveauté qui vient de nulle part et la nouveauté qui trouve son origine dans le passé.

    Prenons un exemple trivial pour l’illustrer : la machine à laver. Lorsqu’elle est inventée, c’est une nouveauté, mais une nouveauté qui répond à un besoin — donc un désir — ancien : celui de ne plus passer des heures à frotter son linge dans un lavoir.

    A contrario, on voit tous les jours de « nouvelles nouveautés » qui tombent du ciel et s’imposent sans nécessité avec la mode du moment, et seront oubliées aussitôt la mode passée.

    Au niveau de la création, Valéry nous encourage par cette citation à ne pas vouloir céder trop facilement au nouveau, à ne pas faire du nouveau pour du nouveau. Ce nouveau, s’il doit être utilisé dans une histoire, doit répondre à ce désir ancien dont il est question ici.

    Et c’est aussi vrai pour la conception de l’histoire elle-même : cette citation nous invite à ne pas céder trop vite aux découvertes soi-disant miraculeuses des gourous en écriture qui nous arrivent tous les ans. Et il faut savoir distinguer la « découverte » qui n’est que poudre aux yeux de celle qui, découlant d’un désir ou d’un besoin ancien, peut vraiment seconder l’auteur.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Il n’est point de serpent ni de monstre odieux
    Qui, par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux.

    Il n’est point de serpent
    ni de monstre odieux
    Qui, par l’art imité,
    ne puisse plaire aux yeux.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’Art poétique (1674), Chant III)

    Comment je la comprends

    Très belle citation de Nicolas Boileau qui nous invite à comprendre qu’il n’y a pas de beau ou de mauvais sujet, mais que toute chose peut être représentée dignement dans un récit, pour peu qu’on y mette l’art et la manière.

    Malheureusement, certains sujets qui peuvent passer à l’esprit entachent cette noble affirmation… La guerre, la pédophilie, la violence faite aux femmes, le terrorisme, sont-ils vraiment des monstres odieux qu’on doit rendre « plaisants aux yeux » (sans autre intention que la provocation) ?…

    Il vaut mieux ici éviter les monstres odieux tels qu’on peut les connaitre de nos jours, et ne choisir que les monstres apparents qui sous leur carapace révèlent des trésors, les Elephant men d’aujourd’hui.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’imagination la plus folle a moins de ressource que le destin.

    L’imagination la plus folle a moins de ressource que le destin.

    Claude AVELINE (La Double Mort de Frédéric Belot)

    Comment je la comprends

    Exclamation qui rejoint l’affirmation selon laquelle la réalité est toujours plus imaginative que l’imagination elle-même. Ici, elle s’appuie pour le faire sur les destins inouïs que connaissent certaines personnes, dans le bien comme dans le mal, dans la richesse comme dans la pauvreté.

    À la décharge de l’artiste moins imaginatif, répondons quand même et avec humour que la réalité, elle, possède un avantage que l’artiste n’a pas : on croit (presque) toujours ce qu’elle produit, rarement on ne remet en compte la véracité de ses évènements, des incidents réels. Un évènement qui se produit est, de fait, une réalité. Alors que l’auteur, lui, l’autrice, elle, doit prouver en permanence la vraisemblance de ce qu’il ou elle avance, ce qui réduit considérablement le champ des possibles 🤪.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Ce n’est pas la raison qui nous fournit une direction morale, c’est la sensibilité.

    Ce n’est pas la raison qui nous fournit une direction morale, c’est la sensibilité.

    Maurice BARRÈS (La Grande Pitié des églises de France (1914))

    Comment je la comprends

    C’est une belle leçon de conception des personnages que donne indirectement Barrès par cette citation. Elle indique à quel point la raison intervient peu dans les choix moraux de l’individu, là où pourtant l’on s’attendrait à trouver le plus de logique et de rationalité.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • C’est surtout ce qu’on ne comprend pas qu’on explique.

    C’est surtout ce qu’on ne comprend pas qu’on explique. L’esprit humain se venge de ses ignorances par ses erreurs.

    Jules BARBEY d’AUREVILLY (L’Ensorcelée)

    Comment je la comprends

    Le propre des excellentes citations est de pouvoir être comprises de multiples façons.

    Personnellement, je vois dans la première proposition un simple jeu d’esprit jouant sur l’impersonnel « on ». Comme si l’on disait : le professeur explique à l’enfant ce qu’il ne comprend pas. On est parfois son propre professeur et l’on doit s’expliquer — y réfléchir — des choses que l’on ne comprend pas bien.

    Mais chez d’Aurevilly, on pourrait penser qu’il s’agit plutôt d’une critique à l’égard de ces personnes qui vont passer des pages et des pages à expliquer des choses qu’ils n’ont pas comprises pour tenter de faire croire le contraire. On masque alors son ignorance par un flot de justifications.

    Mais la seconde proposition amène à penser que ça n’est pas une volonté consciente pour d’Aurevilly. Que l’individu croit réellement expliquer, sans se douter qu’il ne comprend pas au fond, et il ne fait que commettre des erreurs (de raisonnement) dues à son ignorance.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’inachevé n’est rien.

    L’inachevé n’est rien.

    Henri-Frédéric AMIEL (Journal intime, 10 février 1846)

    Comment je la comprends

    Affirmation quelque peu radicale mais qui trouve son fondement dans le fait que l’œuvre atteint réellement sa forme lorsqu’elle touche à l’achèvement, à l’aboutissement, lorsqu’elle est parvenue jusqu’au bout de sa croissance.

    C’est une façon tout aussi radicale d’encourager l’apprenti(e)-artiste à fournir ce qui reste les plus durs efforts créatifs : les tout derniers pas qui mènent à l’achèvement.

    Paul Valéry se montrera tout aussi radical quelques années plus tard dans une de ses citations que je vous laisse trouver ici.

    N’en demeure pas moins que les œuvres inachevées ont quelquefois un charme que n’ont pas leurs consœurs achevées, un goût singulier de tragique qui dépasse les mots, les couleurs et les notes.

    Enfin, on pourrait aussi voir dans cette affirmation le raz-le-bol d’un auteur de se faire aborder trop souvent par des gens prétendant avoir écrit un roman sans l’avoir terminé

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Une idée que j’ai, il faut que je la nie : c’est ma manière de l’essayer.

    Une idée que j’ai, il faut que je la nie : c’est ma manière de l’essayer.

    ALAIN (Histoire de mes pensées (1936))

    Comment je la comprends

    N’est-ce pas, en effet, le meilleur moyen de juger de la validité d’une affirmation que d’imaginer que c’est son contraire qui est vrai ? Si l’on a l’idée que le monde est blanc, alors comment mieux le démontrer qu’en démontrant qu’il ne peut pas l’être ?

    Au niveau de l’écriture, on peut s’en souvenir et l’expérimenter à chaque parole, à chaque décision du personnage. Lorsque le personnage dit « oui », alors il faut essayer de lui faire dire « non » — et voir ce que cela induit. Lorsque le personnage se lance dans une action, alors il faut valider cette idée en imaginant qu’il ne s’y lance pas — et voir ce que cela induit.

    Étonnamment, en narration, on s’apercevra souvent que nier l’idée — c’est-à-dire essayer son contraire — produit un résultat bien meilleur que l’idée elle-même 😉.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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