Les leçons du cinéma

Introduction

Il s’agit bien des « Leçons du cinéma » et non pas des « Leçons de cinéma ». En d’autres termes, il s’agit bien de ce que nous pouvons apprendre du cinéma pour rendre les romans plus forts, plus réussis, pour éviter beaucoup d’écueils et développer sa technique.

Car quoi que l’on en dise, la technique fait partie intégrante de notre art, qui reste sur beaucoup de points un artisanat. Cette technique ne fait de mal qu’à celle ou celui, pas suffisamment artiste, qui en devient l’esclave. Pour l’artiste, la technique est une source perpétuelle de stimulations, un outil qui pousse à l’originalité, à l’exigence, j’espère que l’on s’en apercevra.

Aussi, ce post voudrait être le premier d’une série traitant, on l’a compris, de ces nombreuses leçons qu’on peut tirer du cinéma. Elle m’a été inspirée par un énième manuscrit (non publié) écrit à la force du poignet par une pure apprentie romancière — je veux dire par là qu’elle n’avait d’autres techniques que sa propre expérience. Rien à voir avec son sexe puisque, gros lecteurs de ce genre de manuscrit, je rencontre ces écueils aussi bien chez les auteurs que chez les autrices, même lorsque ces manuscrits ont fait l’objet d’une publication à compte d’éditeur — mais visiblement par des éditeurs peu exigeants, car il y en a.

Chaque fois que je lis un tel manuscrit, ça me rend trop triste de savoir que la plupart de ses écueils auraient pu être évités avec un peu de technique et la connaissance des principes narratifs appliqués au cinéma (tous les bons cinémas s’entend, dans toutes les langues et tous les genres).

Pourquoi le cinéma ?

Mais pourquoi le cinéma peut-il nous en apprendre autant ? J’y vois deux raisons principales. D’abord il y a le médium. Le cinéma, comme la musique et la danse, est un art métré, où le rythme est capital. L’apprivoiser peut s’apprendre. Ensuite, le cinéma étant très souvent une représentation de la vie, même quand elle est fantasmée ou déformée, les notions de justesse psychologique, de cohérence, sont tout aussi capitales. Beaucoup plus qu’à l’écrit. Le cinéma a beaucoup réfléchi sur ces questions.

La deuxième raison tient à l’économie du cinéma. Un film coute* cher. Plusieurs millions d’euros (vous pouvez convertir en dollars, en yen, en couronnes ou en won), plusieurs dizaines de millions souvent dans les grands pays producteurs. Les financiers tiennent à s’enrichir avec ce médium éminemment lucratif, mais ils commencent par vouloir simplement et trivialement rentrer dans leurs frais. Pour ça, un film doit plaire au plus grand nombre, et je ne parle même pas des blockbusters ici, qui sont une catégorie particulière, dans ce raisonnement. 

Plaire au plus grand nombre impose des impératifs remarquablement intéressants. Par exemple, la clarté du discours, des personnages, de la forme, des thèmes, des sujets et des problématiques universelles. Un film serait voué à l’échec si un quart seulement des spectatrices et des spectateurs étaient capables de le comprendre, de le suivre, d’en tirer de l’émotion. 

Pour y parvenir, on pourrait bien entendu baisser le niveau de chaque curseur et proposer une œuvre simpliste et manichéenne. Ce serait mal réfléchir, car alors la moitié de l’audience, qui veut éprouver des émotions profondes, riches et rencontrer des personnages bigger-than-life ne se sentirait pas concerné et la condition du plus grand nombre ne serait pas respectée. C’est la raison même pour laquelle un blockbuster peut nous en apprendre beaucoup.

On se rendra compte que beaucoup des écueils des manuscrits de roman touchent à des points sensibles où le cinéma performe. La structure de l’histoire (qui s’appuie non pas sur la froide logique mais sur l’émotion), le rythme on l’a dit, mais aussi la gestion intelligente des intrigues (grâce notamment à la maitrise de la triade OOC — Objectif-Obstacle-Conflit), le développement des personnages, de leur idiosyncrasie, de leurs dialogues, l’expansion de la thématique, et beaucoup d’autres domaines aussi que le roman, représentation écrite de la vie, partage avec le cinéma.

Aussi me suis-je dit qu’il serait intéressant d’essayer d’en parler dans une série d’articles (un par semaine, a priori) consacrés à chacun des procédés qu’on peut apprendre du cinéma. Histoire d’essayer d’élever son degré de conscience en matière de narration. Ce qui ne peut jamais faire de mal.

D’ores et déjà, n’hésitez pas à me dire, en commentaires, si le projet vous semble intéressant et si des points vous sembleraient particulièrement utiles à développer, je pourrais les traiter en priorité.

Merci de votre lecture.

Philippe

* Merci de me pardonner mon application systématique de la réforme orthographique de 1990.

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