Catégorie : leçons des citations

  • Le génie, c’est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde.

    Le génie, c’est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde.

    Gustave FLAUBERT (Correspondance, à Louise Colet, 1853)

    Comment je la comprends

    Flaubert, par cette affirmation, nous fait une invitation au travail. Le génie ne nous concerne pas, c’est un don de la Nature (ou de Dieu si l’on y croit, ou de l’enfance, ou de l’éducation, en tout cas d’une source inconnue jusqu’à aujourd’hui), nous n’y pouvons rien.

    Le talent, en revanche, est le fruit d’un travail, d’un labeur humain, et c’est à nous et à nous seul qu’il incombe.

    Flaubert, bien sûr, est le meilleur représentant de sa citation : il avait incontestablement du génie, mais il savait travailler dur pour améliorer son talent.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Une règle d’or : faire peu de choses.

    Une règle d’or : faire peu de choses.

    Henri Millon de MONTHERLANT (Carnets (1957))

    Comment je la comprends

    On pourrait même dire : faire le moins de choses possible. Plus l’audience sent que l’on a mis en branle une armée entière de moyens, une armada d’effets, pour l’émouvoir ou le faire vibrer et moins il peut en être impressionné — au sens propre du terme.

    A contrario, si d’un simple mouvement d’aile le récit parvient à déplacer une montagne, l’effet sur le public n’en sera que plus fort. C’est ce que j’appelle le principe du plus petit évènement pour le plus grand effet.

    Voir aussi, bien sûr, la citation de van der ROHE qu’on trouvera ici.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Pas de dialogue entre les personnages, mais un jeu de relations.

    Pas de dialogue entre les personnages, mais un jeu de relations.

    Phil (Collection Narration)

    Comment je la comprends

    Ce que je veux dire par là, c’est simplement qu’il faut être moins obsédé par les mots que l’ont fait sortir de la bouche de ses personnages que de la relation dont ces mots témoignent et la relation qu’ils permettent de tisser entre les personnages.

    Le « Je t’aime » n’est pas important, c’est la relation que cet idiome révèle entre les personnages qui l’est.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’inspiration est l’hypothèse qui réduit l’auteur au rôle d’observateur.

    L’inspiration est l’hypothèse qui réduit l’auteur au rôle d’observateur.

    Paul VALÉRY (Imagination)

    Comment je la comprends

    C’est un constat évident : si vraiment il y avait inspiration et seulement inspiration, l’artiste n’aurait qu’à attendre et regarder en sentinelle que l’idée arrive. Il ou elle ne ferait rien d’autre qu’observer.

    Le terme « réduit » employé par Paul Valéry, donc un terme « réducteur », péjoratif, indique bien qu’il s’inscrivait en faux contre l’idée que son métier ne se définisse que par cette sacro-sainte inspiration.

    Il la banalise tout à fait.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.

    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’Art poétique (1674))

    Comment je la comprends

    Un nouvel aphorisme de Nicolas Boileau tiré de son très inspiré L’art poétique. Celui-là est très connu. Il affirme qu’une chose que l’on conçoit bien — c’est-à-dire une chose que l’on comprend bien, dont on a une vision claire — peut s’exprimer de façon claire, intelligible, compréhensible.

    Mais il n’est pas toujours évident, dans le monde de la création, de la narration, de savoir si nous concevons suffisamment bien une idée, un évènement, une histoire.

    Alors Boileau nous offre par sa deuxième proposition une sorte de thermomètre : le fait que les mots viennent aisément est un signe que nous savons suffisamment bien ce que nous voulons dire. À l’inverse, si ces mots viennent difficilement, plutôt que de les forcer, nous devons chercher à mieux comprendre ce que nous voulons dire.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Le style est autant sous les mots que dans les mots.

    Le style est autant sous les mots que dans les mots. C’est autant l’âme que la chair d’une œuvre.

    Gustave FLAUBERT (Correspondance, à Ernest Feydeau, 1860)

    Comment je la comprends

    Par cette affirmation, Flaubert nous fait comprendre qu’il ne limitait pas le style aux seuls mots écrits, au seul style du texte, mais que ce style débordait pour lui jusque dans le sujet lui-même, dans l’âme du texte.

    Il veut par là rendre l’auteur et l’autrice non pas seulement attentif et attentive à la façon dont il écrit les phrases, dont elle formule ses pensées, mais également à la façon dont elle pense, dont il construit, dont elle éclaire son œuvre. Il nous invite à comprendre, en inversant une citation de Victor Hugo, que le style peut et doit investir tous les recoins de l’œuvre, tous ses aspects, aussi bien esthétiques qu’expressifs ou réflexifs.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Il semble, pour un écrivain, que chaque page qu’il écrit doive être pour lui une nouvelle leçon dans l’art d’écrire.

    Il semble, pour un écrivain, que chaque page qu’il écrit doive être pour lui une nouvelle leçon dans l’art d’écrire.

    Paul LÉAUTAUD (Propos d’un jour)

    Comment je la comprends

    Paraphrase très concrète du fameux « C’est en forgeant qu’on devient forgeron »…

    La chose étonnante, ici, étant quand même l’hésitation, la volonté de ne pas faire une affirmation péremptoire. On se doit de la comparer à son homologue définitive :

    Pour un écrivain, chaque page qu’il écrit est une nouvelle leçon dans l’art d’écrire.

    (péremptoirisation de la précédente)

    On peut mesurer, et méditer, à la différence des deux expressions, comme une déception ou un regret dans l’ajout du « doive », comme si la citation, au fond, voulait exprimer : « c’est quand même terrible qu’on ne soit jamais capable de savoir écrire une bonne fois pour toutes, qu’il faille toujours qu’on soit obligé d’apprendre de nouvelles choses à chaque page nouvelle qu’on produit. Cela ne finira-t-il donc jamais ? »

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • La structure est un piège tendu au spectateur, pour son plus grand plaisir.

    La structure est un piège tendu au spectateur, pour son plus grand plaisir.

    Phil (Collection Narration)

    Comment je la comprends

    On peut voir effectivement le travail de la structure comme une mise en place de pièges dans lesquels le spectateur, la spectatrice — ou le lecteur, la lectrice — prendra plaisir à tomber. Un piège, souvent hypnotique, qui commence dès l’exposition, dès l’incident déclencheur ou la question dramatique fondamentale qui captera l’attention du public pour ne le lâcher qu’à la toute fin du récit.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’art est de cacher l’art.

    L’art est de cacher l’art.

    Joseph JOUBERT (Correspondance, à Mme Beaumont, 12 septembre 1801)

    Comment je la comprends

    Très bel aphorisme de Joseph Joubert qui témoigne de ce que j’appelle « l’humilité de l’art ».

    L’art se doit de paraitre naturel, évident, simple, facile comme le geste d’un jongleur. Mais pour y parvenir, quel art faut-il ! Que de travail il faut pour cacher le travail !

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  • Prenez garde qu’il peut y avoir une servitude aussi de la liberté, comme il y a une servitude de la malice et de la contradiction.

    Prenez garde qu’il peut y avoir une servitude aussi de la liberté, comme il y a une servitude de la malice et de la contradiction.

    SAINT-JOHN PERSE (Correspondance, à Jean Paulhan, 3 mai 1949)

    Comment je la comprends

    Saint-John Perse, comme Simone de Beauvoir, nous met en garde contre l’illusion de la liberté, la ramenant à un comportement duquel on finit, à trop vouloir l’adopter, par devenir le prisonnier ; exactement comme peut l’être celui qui veut toujours se montrer malicieux ou celui qui veut toujours contredire.

    En d’autres termes, il faut se méfier de tous les comportements un peu faux que l’on peut adopter.

    Au niveau de l’écriture, et de la création en général, vouloir trop revendiquer de liberté risque de finir par enfermer le créateur dans une recherche éperdue et frivole.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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