Auteur/autrice : Philippe Perret

  • Le Délit de Faciès

    Le cinéma peut changer le monde

    Un film ne peut pas changer le monde, c’est vrai.

    Mais je pense que plusieurs, des dizaines, peuvent le modeler, forger nos habitudes ou nos perceptions lorsque des comportements, des façons de penser, des habitudes deviennent des gimmicks sociaux.

    Même si la littérature restera incapable de produire cet effet*, il peut être bon de ne pas négliger les écueils pervers que la répétition peut produire sur la lectrice, le lecteur et donc sur l’humanité.

    (*) Tout simplement parce que face à un livre, on ne se retrouve pas comme face au film de cinéma, en état physique de retour à l’enfance : la tête levée vers l’écran où des géants se meuvent devant nous, tout comme nos parents quand on était petits et qu’on tentait de décrypter leur langage et leur métalangage, des géants qu’on s’efforçait aussi d’imiter.

    Le délit de faciès

    Parmi les effets néfastes les plus dévastateurs, il y a le délit de faciès.

    Le cinéma, à ce niveau, se décompose en deux cinémas. Celui qui commet ce délit sans même y réfléchir et celui qui tente de l’éviter.

    Celui qui le commet se cache derrière l’excuse du raccourci, de la nécessité de planter vite un personnage. Dans ce cinéma, les méchants ont toujours des « têtes de méchants » (comprendre : des têtes qui font peur, ils grimacent, ont des cicatrices), les gentils ont toujours des « têtes de gentils » (ils sont beaux, avenants, sourient et ont une belle peau). Les personnages « entre les deux » (ambivalents, pouvant être adjuvant ou antagonistes) sont toujours… entre les deux. On ne sait pas trop quoi penser de leur visage, de leur façon de parler.

    Il n’y aurait aucun problème s’il en était de même dans la vie. Sauf que dans la vie, la vraie, les choses sont très loin d’être aussi simples. Combien de « méchants » (des pédocriminels par exemple) ont un visage avenant ! Et c’est justement grâce à leur apparence qu’ils peuvent tromper et abuser leur victime. On donnerait souvent le bon dieu sans confession à un vrai méchant, dans la vie, un vrai criminel.

    On peut donc mesurer l’effet dramatique (sic) que ce type de cinéma — malheureusement le plus répandu — peut avoir sur l’humanité.

    Un autre cinéma

    Il y a heureusement un autre cinéma, celui d’un Lars Von Trier, celui d’un Paul Thomas Anderson, celui d’un Iñárritu, celui d’un Sam Mendes, celui d’un Kore-eda, qui, lorsqu’on pense qu’ils commettent un délit de faciès, le font pour mieux nous tromper et se moquer de nos préjugés.

    Dans ce cinéma-là, un « méchant » peut être un gentil flic avec la gueule sympathique d’un David Morse, un méchant peut être un prosélyte de la religion qui a la gueule peut-être amochée mais tellement charismatique d’un Benicio Del Toro, un méchant peut avoir la sympathie et le background positif d’un Sean Penn.

    De la même manière, dans ce cinéma-là, les « gentils » ou les « gentilles » n’ont pas de gueule ou de charisme particulier. Ils ont même souvent une sale gueule (je ne parle pas spécialement du personnage qu’on appelle Protagoniste, ici, mais de tous les gentils ou gentilles qu’on peut trouver dans une histoire).

    Notez que très souvent, dans ce cinéma, les clichés sont mis à rude épreuve puisqu’il n’y a pas de « vrais et purs » méchantes/méchants ou de « vrais et purs » gentilles/gentils. L’humanité existe dans toute sa vraie dimension et tous ses paradoxes, sans manichéisme. Nonobstant, au sens dramaturgique du terme, les personnages existent — pour la plupart sans ambigüité — en tant que protagonistes/adjuvants ou antagonistes.

    La leçon qu’on peut en tirer

    On remarque encore très souvent, trop souvent, dans les romans — et surtout ceux issus de cette déferlante de la fantasy, de la romantasy — l’usage de ces clichés dévastateurs. Le méchant a toujours une cicatrice sous l’œil, l’héroïne est toujours belle et charismatique, le héros est pur, au grand cœur, et beau bien sûr.

    Dans cette littérature-là, aussi, les filles pleurent, achètent des fringues et les garçons roulent dans de supers caisses et se battent courageusement (pour la bonne cause). Quand on y pense, on ne s’écarte pas tant du délit de faciès en ayant recours à de tels clichés.

    Essayons toujours, autant que possible, d’éviter toutes ces formes de raccourcis. Ils ne devraient plus en être, ils ne devraient plus permettre de poser une méchante ou un gentil juste en les voyant, juste en les décrivant physiquement. Aidons, à notre niveau, à faire qu’ils n’en soient plus et qu’ils perdent tout impact narratif, qu’ils perdent tout effet de raccourci sur la spectatrice ou le spectateur. 

    Comment ? En commençant tout simplement par changer notre propre regard. Lorsque l’on apprend à voir le monde tel qu’il est — c’est-à-dire en n’en connaissant rien a priori — on peut difficilement commettre ce genre de délit.

    Merci de votre attention.

    Philippe

  • Gestion des polices Dans le PDF KDP

    Solidifier le PDF

    Il arrive que les polices soient mal gérées en exportation par Affinity Publisher (ou Affinity seule).

    Pour palier ce problème, sur mac, un moyen très simple : faire reconstruire le PDF par Aperçu (Preview) :

    • ouvrir le PDF dans Aperçu
    • choisir Imprimer,
    • cliquer sur le bouton en bas à gauche pour « imprimer en PDF »,
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    Le document a été reconstruit par Mac de façon plus sûre.

    Visualiser les polices

    Pour visualiser les polices réelles utilisées par le PDF (mais pas forcément embarquées, d’où le problème), on peut utiliser l’outil en ligne de commande pdffonts.

    • Ouvrir un Terminal au dossier du document
    • Taper `pdffonts <nom du document.pdf>
    • Entrée

    Le terminal affiche la liste des fontes utilisées.

  • Journaliser son roman

    Journaliser son roman


    Cela permet de :

    • suivre l’histoire au jour le jour,
    • ne pas commettre d’erreurs dans la temporalité,
    • savoir toujours quel jour de la semaine on est,
    • modifier facilement les agendas

    Aide rapide

    • Définir une variable : Insérer > Champs > Plus de champs… (ou ⌘F2 / Ctrl F2), choisir Définir variable, régler la valeur, choisir le format Formats additionnels…, Date, choisir le format de date voulue.
    • Définir une variable par formule : Insérer > Champs > Plus de champs… (ou ⌘F2 / Ctrl F2), choisir Insérer une formule, régler la valeur, choisir le format Formats additionnels…, Date, choisir le format de date voulue.
    • Insérer une variable : comme ci-dessus + bouton Insérer.
    • Styliser la date : faire le style, l’associer à un raccourci clavier et l’appliquer.
    • Masquer toutes les dates : éditer le style et dans Effet de police, cocher la case Caché.

    Connaitre les jours (ou la période) où se déroulent les évènements de son histoire est capital et évite beaucoup d’erreurs de cohérence temporelle.

    Heureusement, grâce aux outils de LibreOffice, on peut le gérer automatiquement et souplement. 

    L’idée directrice est la suivante : je fixe une date précise à un moment du roman. Je veux ensuite que toutes les dates se déterminent automatiquement par rapport à celle-ci (notez qu’on peut déterminer autant de date fixe que l’on veut).

    Prenons l’exemple avec un anniversaire qui est le climax d’une nouvelle. Je voudrais que toutes les autres se déterminent par rapport à elle (7 jours avant, 15 jours avant, etc.).

    Définir la date fixe

    Je me place donc sur le paragraphe de l’anniversaire (s’il n’est pas encore écrit, je place juste un paragraphe contenant « {scène de l’anniversaire} » et je me place au-dessus.

    Je joue alors le menu Insert > Field > More Fields…` (ou en français Insertion > Champs > Plus de champs…).

    Je choisis la section Variables tout à gauche et Set variable (définir la variable) dans la colonne Type.

    Dans Name (Nom) en dessus, je mets par exemple date_anniversaire (ce nom peut être ce qu’on veut.

    Et en valeur (value), je mets la date que je veux pour l’anniversaire (qui sera donc l’anniversaire de mon personnage). Par exemple : 23/12/1992.

    Enfin, pour obtenir le bon format, dans la dernière colonne (Format), je choisis Additional formats… (Formats additionnels), je choisis « Date » dans la colonne Category et le format que je veux dans la deuxième colonne (Format). Et je clique OK.

    Tip : Personnellement, je choisis la date la plus complète, avec le nom du jour de la semaine (lundi, mardi, etc.) car c’est très pratique, notamment pour savoir si l’on se trouve un weekend.

    Revenu dans la fenêtre Fields (Champs), je clique le bouton Insert (Insérer).

    Le champ se remplit automatiquement avec le format choisi.

    Un style propre

    Bien entendu, comme je suis mes propres recommandations, j’ai créé un style « Roman – Date » pour gérer l’aspect de ces dates.

    C’est d’autant plus important ici qu’il faudra toutes que je les supprime lorsqu’il faudra imprimer ou exporter le manuscrit (cf. ci-dessous).

    Je donne donc l’aspect que je veux à ces dates.

    Tip : Personnellement, je les mets dans la marge gauche pour pouvoir bien les voir (en jouant sur l’indentation négative de la première ligne, que je mets à -1.20 cm).

    Où la magie opère

    C’est maintenant que la magie va opérer, pour définir les autres dates.

    J’ai la contrainte dans l’histoire qu’un évènement se passe exactement 15 jours avant cet anniversaire.

    Je me place donc sur un paragraphe vide (que je crée si nécessaire) juste au-dessus du paragraphe de cet évènement.

    J’active le menu Insert > Fields > More Fields…, je choisis Variables et cette fois Formula. Car c’est ce que nous voulons créer : une formule par rapport à une variable.

    Et dans le champ Formula (Formule) en dessous des colonnes, on va écrire : date_anniversaire - 15. C’est-à-dire « 15 jours avant la date de l’anniversaire ».

    TIP: Au lieu de taper date_anniversaire, vous pouvez double-cliquer sur ce nom dans la colonne au-dessus de la formule, où la variable apparait.

    Et nous cliquons sur le bouton Insert (Insérer).

    Magiquement s’écrit alors sur le paragraphe la date 15 jours avant l’anniversaire.

    Des erreurs facilement évitables

    Et là, par exemple, je vois que j’ai mal choisi mes jours, car dans cette scène 15 jours avant l’anniversaire, le personnage est censé être à son bureau. Or la date donnée est un dimanche. Mais le personnage ne travaille pas pendant le weekend. 

    Je sais automatiquement que je dois changer de date. J’ai deux solutions :

    • soit je change la date de l’anniversaire,
    • soit j’indique que nous ne sommes pas 15 jours avant l’anniversaire, mais 16 jours avant ou 13 jours.

    Attention cependant : si je change la date de l’anniversaire, toutes les dates qui en dépendent vont changer (ici, je n’en ai qu’une mais parce qu’on vient de commencer à les placer).

    Plus loin avec les doubles variables

    Une fois que vous aurez assimilé les opérations précédentes — ou si vous êtes très à l’aise avec les calculs en général —, vous pouvez passer à l’utilisation des doubles variables (ou triples, quadruple, etc.).

    Imaginons par exemple que j’ai quatre dates dépendantes, avec une date qui doit être impérativement définie par un intervalle de jours fixes mais qui pourrait bouger suivant les développement de l’histoire. Par exemple, au début, je sais que la construction d’une fusée va prendre 15 jours et puis, en cours de développement, je me rends compte qu’elle va devoir prendre 24 jours.

    J’anticipe cela au moment de la définition pour créer une variable qui va contenir la durée de la construction. J’appelle cette variable temps_construction. Je lui donne au départ la valeur 15.

    Par exemple :

    • Jour A (la date de départ de la nouvelle, début de la construction
    • Jour B : Le personnage organise un pot pour la fin de la construction
    • Jour C : Le personnage va proposer sa fusée à un promoteur le lendemain
    • Jour D : 4 jours plus tard, le personnage reçoit la réponse positive du promoteur.

    Jour A

    Pour le jour A, je crée la variable debut_construction à laquelle je donne la valeur 31/08/1964.

    Jour B

    J’ai déjà créé la variable duree_construction, donc, pour ce jour-là, je vais insérer une formule (cf. ci-dessus) qui contiendra : debut_construction + duree_construction.

    Jour C

    J’insère aussi une formule pour ce jour : 

    debut_construction + duree_construction + 1.

    Allez ! Puisque je suis fou, je vais créer une autre variable que je vais appeler fin_construction et qui aura la valeur : debut_construction + duree_construction.

    Ma formule pour ce jour devient alors : fin_construction + 1.

    Sans rien changer, j’y gagne beaucoup en clarté.

    Jour D

    Il me reste à définir la formule de ce jour de la réponse. Là aussi j’ai plusieurs solutions. La plus simple serait d’insérer une formule : fin_construction + 4.

    Le problème, c’est que si je change le jour C de la rencontre avec le promoteur, que je la mets par exemple 5 jours après la fin de la construction, je vais me retrouver avec une réponse (ce Jour D) qui précèdera la question (le Jour C).

    Dans ce cas-là, pour être sûr de ne jamais avoir de problème, je crée une nouvelle variable : requete_promoteur. Je lui donne la valeur fin_construction + 1, qui pourra changer au cours du temps.

    Et ce jour D va recevoir la formule :  requete_promoteur + 4.

    Modification de la valeur

    La valeur de la date peut être très facilement et très rapidement modifiée en double cliquant dessus.

    Il vaut mieux éviter de passer par la fenêtre « plus de champs » qui obligerait à redéfinir la variable.

    Résultat des courses

    Ça fait beaucoup de variables à créer (noter qu’il faut toujours les insérer, même celle que vous ne garderez pas dans le texte), mais c’est très souple. Par exemple, ici, il suffit de changer la date de départ pour que toutes les autres suivent et se calent. Il suffit de modifier la durée de construction (*) pour tout modifier de façon cohérente. Etc.

    (*) Notez que pour modifier une variable, il suffit d’activer le menu Insert > Field > More Fields…, de trouver la variable et de changer sa valeur. 

    Faites l’essai, c’est magique !

    Ne pas afficher

    Et bien entendu, ces dates, on ne les veut pas lorsqu’on imprime ou exporte le document en PDF. Donc juste avant de le faire, on édite notre style « Roman – Date » et dans l’onglet « Font Effects » (ou « ??? » en français) on coche la case « hidden » (ou « caché » en français).

    Cerise sur le gâteau

    Et la cerise sur le gâteau de cette astuce — est plus qu’une astuce —, c’est que vous pouvez retrouver toutes ces dates dans le Navigateur, en choisissant la rubrique Fields (Champs).

    Et le super pratique, c’est que la date actuelle est indiquée explicitement à côté de la formule, ce qui fait que vous pouvez rejoindre une date précise de votre roman très très rapidement.

    Elle ne serait pas belle, la vie, sans les guerres ?

  • Il n’est point de serpent ni de monstre odieux
    Qui, par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux.

    Il n’est point de serpent
    ni de monstre odieux
    Qui, par l’art imité,
    ne puisse plaire aux yeux.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’Art poétique (1674), Chant III)

    Comment je la comprends

    Très belle citation de Nicolas Boileau qui nous invite à comprendre qu’il n’y a pas de beau ou de mauvais sujet, mais que toute chose peut être représentée dignement dans un récit, pour peu qu’on y mette l’art et la manière.

    Malheureusement, certains sujets qui peuvent passer à l’esprit entachent cette noble affirmation… La guerre, la pédophilie, la violence faite aux femmes, le terrorisme, sont-ils vraiment des monstres odieux qu’on doit rendre « plaisants aux yeux » (sans autre intention que la provocation) ?…

    Il vaut mieux ici éviter les monstres odieux tels qu’on peut les connaitre de nos jours, et ne choisir que les monstres apparents qui sous leur carapace révèlent des trésors, les Elephant men d’aujourd’hui.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’imagination la plus folle a moins de ressource que le destin.

    L’imagination la plus folle a moins de ressource que le destin.

    Claude AVELINE (La Double Mort de Frédéric Belot)

    Comment je la comprends

    Exclamation qui rejoint l’affirmation selon laquelle la réalité est toujours plus imaginative que l’imagination elle-même. Ici, elle s’appuie pour le faire sur les destins inouïs que connaissent certaines personnes, dans le bien comme dans le mal, dans la richesse comme dans la pauvreté.

    À la décharge de l’artiste moins imaginatif, répondons quand même et avec humour que la réalité, elle, possède un avantage que l’artiste n’a pas : on croit (presque) toujours ce qu’elle produit, rarement on ne remet en compte la véracité de ses évènements, des incidents réels. Un évènement qui se produit est, de fait, une réalité. Alors que l’auteur, lui, l’autrice, elle, doit prouver en permanence la vraisemblance de ce qu’il ou elle avance, ce qui réduit considérablement le champ des possibles 🤪.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Ce n’est pas la raison qui nous fournit une direction morale, c’est la sensibilité.

    Ce n’est pas la raison qui nous fournit une direction morale, c’est la sensibilité.

    Maurice BARRÈS (La Grande Pitié des églises de France (1914))

    Comment je la comprends

    C’est une belle leçon de conception des personnages que donne indirectement Barrès par cette citation. Elle indique à quel point la raison intervient peu dans les choix moraux de l’individu, là où pourtant l’on s’attendrait à trouver le plus de logique et de rationalité.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • C’est surtout ce qu’on ne comprend pas qu’on explique.

    C’est surtout ce qu’on ne comprend pas qu’on explique. L’esprit humain se venge de ses ignorances par ses erreurs.

    Jules BARBEY d’AUREVILLY (L’Ensorcelée)

    Comment je la comprends

    Le propre des excellentes citations est de pouvoir être comprises de multiples façons.

    Personnellement, je vois dans la première proposition un simple jeu d’esprit jouant sur l’impersonnel « on ». Comme si l’on disait : le professeur explique à l’enfant ce qu’il ne comprend pas. On est parfois son propre professeur et l’on doit s’expliquer — y réfléchir — des choses que l’on ne comprend pas bien.

    Mais chez d’Aurevilly, on pourrait penser qu’il s’agit plutôt d’une critique à l’égard de ces personnes qui vont passer des pages et des pages à expliquer des choses qu’ils n’ont pas comprises pour tenter de faire croire le contraire. On masque alors son ignorance par un flot de justifications.

    Mais la seconde proposition amène à penser que ça n’est pas une volonté consciente pour d’Aurevilly. Que l’individu croit réellement expliquer, sans se douter qu’il ne comprend pas au fond, et il ne fait que commettre des erreurs (de raisonnement) dues à son ignorance.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’inachevé n’est rien.

    L’inachevé n’est rien.

    Henri-Frédéric AMIEL (Journal intime, 10 février 1846)

    Comment je la comprends

    Affirmation quelque peu radicale mais qui trouve son fondement dans le fait que l’œuvre atteint réellement sa forme lorsqu’elle touche à l’achèvement, à l’aboutissement, lorsqu’elle est parvenue jusqu’au bout de sa croissance.

    C’est une façon tout aussi radicale d’encourager l’apprenti(e)-artiste à fournir ce qui reste les plus durs efforts créatifs : les tout derniers pas qui mènent à l’achèvement.

    Paul Valéry se montrera tout aussi radical quelques années plus tard dans une de ses citations que je vous laisse trouver ici.

    N’en demeure pas moins que les œuvres inachevées ont quelquefois un charme que n’ont pas leurs consœurs achevées, un goût singulier de tragique qui dépasse les mots, les couleurs et les notes.

    Enfin, on pourrait aussi voir dans cette affirmation le raz-le-bol d’un auteur de se faire aborder trop souvent par des gens prétendant avoir écrit un roman sans l’avoir terminé

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Une idée que j’ai, il faut que je la nie : c’est ma manière de l’essayer.

    Une idée que j’ai, il faut que je la nie : c’est ma manière de l’essayer.

    ALAIN (Histoire de mes pensées (1936))

    Comment je la comprends

    N’est-ce pas, en effet, le meilleur moyen de juger de la validité d’une affirmation que d’imaginer que c’est son contraire qui est vrai ? Si l’on a l’idée que le monde est blanc, alors comment mieux le démontrer qu’en démontrant qu’il ne peut pas l’être ?

    Au niveau de l’écriture, on peut s’en souvenir et l’expérimenter à chaque parole, à chaque décision du personnage. Lorsque le personnage dit « oui », alors il faut essayer de lui faire dire « non » — et voir ce que cela induit. Lorsque le personnage se lance dans une action, alors il faut valider cette idée en imaginant qu’il ne s’y lance pas — et voir ce que cela induit.

    Étonnamment, en narration, on s’apercevra souvent que nier l’idée — c’est-à-dire essayer son contraire — produit un résultat bien meilleur que l’idée elle-même 😉.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’homme qui ne tente rien ne se trompe qu’une fois.

    L’homme qui ne tente rien ne se trompe qu’une fois.

    LAO TSEU

    Comment je la comprends

    Paraphrase du « Et ceux qui ne font rien ne se trompent jamais. » de Théodore De Banville qui est elle-même une re-formulation d’un vieux proverbe français, cette affirmation de Lao Tseu témoigne de la pertinence de sa pensée. Car elle n’oublie pas d’affirmer que ne rien tenter est la première des erreurs que l’on peut commettre et donc la seule de celui qui ne fait rien.

    C’est un encouragement à accepter ses erreurs lorsque l’on se lance dans une entreprise, quelle qu’elle soit. Écrire un film, un scénario, écrire un roman, en est une. Lorsque l’on décide d’écrire, de créer, il faut oublier le mauvais comportement inculqué par l’école, et accepter ses erreurs comme des effets naturels de ses actions. Progresser, avancer, réussir, n’est qu’une succession d’erreurs qui ont été corrigées.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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