Auteur/autrice : Philippe Perret

  • Coaching d’une jeune écrivaine (5)

    SOMMAIRE


    Rien ne sert de protéger ses écrits…

    … en tout cas, ça ne sert à rien si on s’arrête à ça.


    S’apprivoiser

    C’est avec amusement que j’ai senti que Nancy, au tout début de notre relation, ne voulait pas me lâcher son manuscrit. La confiance n’était pas encore installée, elle m’avait rencontré sur Facebook et n’avait aucune raison de me faire confiance.

    J’avais trouvé son attitude très saine. 😃

    Je l’avais même anticipé et lui avais pudiquement demandé, pour être en mesure de prendre la décision de l’accompagner ou non, de m’envoyer seulement quelques extraits, bien choisis, ou les premières pages de son roman.

    Elle a décidé de me transmettre quelques extraits (bien choisis, en plus).


    Briser la glace

    Mais à un moment donné, il fallut bien lâcher la prise, donner du lest, je ne pouvais plus me contenter de simples extraits, il fallait que je puisse juger sur la longueur, sur le souffle, à l’endurance 😃.

    Prenant le taureau par les cornes, je lui ai demandé si son manuscrit était protégé, si elle avait fait le nécessaire pour se protéger du plagiat, du vol d’idée, patati patata.

    Oui, elle avait fait tout ce que les gens qui n’y connaissent rien — c’est-à-dire les plus bavards sur FB — lui avaient conseillé de faire 🥳 : s’envoyer le manuscrit dans une enveloppe scellée, se l’envoyer par mail en PDF, faire un dépôt INPI, une enveloppe SOLEAU, à la SGDL, à la SACD, sur copyrigthdepot, etc., etc.


    Toutes choses inutiles

    La plupart des autrices et des auteurs se contentent de ce genre de protection sans savoir que ça ne sert à rien, lui dis-je.

    On ferait toutes ces démarches, toutes, notre prose n’en serait pas pour autant protégée du plagiat. Loin s’en faut.

    Heureusement, les procès pour plagiat sont rares, donc finalement on peut dire n’importe quoi sur la façon de se prémunir, puisque ça ne sert à rien, ça fonctionnera toujours. 

    L’autrice ou l’auteur se sent protégé(e) donc rassuré(e) et c’est le principal.

    Jusqu’à ce que l’on en ait vraiment besoin…

    Moi, justement, à l’heure où j’écris ces mots, je suis en procès avec deux gros producteurs de la place parisienne pour plagiat doublé de parasitisme (pour ne prendre aucun risque, je citerai leur nom dans un prochain article, lorsque le procès, et son appel, auront eu lieu — c’est déjà programmé que je fasse un article là-dessus).

    Et là, donc, on se rend compte que le dépôt est une chose utile, mais largement pas suffisante (heureusement que je le savais avant).


    Ce qui compte vraiment

    En fait, si l’on se penche sur les rares procès qui ont eu lieu, et surtout ceux, beaucoup plus nombreux, qui n’ont pas pu se faire (réglés par médiation), le problème est toujours le même, la pierre d’achoppement est toujours la même :

    Un dépôt ne sert à rien si vous ne parvenez pas à prouver que votre projet a pu être lu par celui que vous accusez de plagiat.

    Il lui suffit d’arguer haut et fort « Mais je n’ai jamais lu ce machin ! » et, ça y est, vous avez perdu, même après tous les dépôts précités.

    Même si l’on retrouve des idées identiques dans les deux œuvres. Une idée n’est jamais protégée, de toute façon, elle est toujours dans l’air (surtout si deux personnes l’ont eu en même temps…).

    Même si, mieux, on retrouve un traitement identique d’une idée (ce qui se protège vraiment).

    Même si la forme est la même, les personnages sont les mêmes…

    Parce que le premier requis, pour que le procès soit accepté par la justice (et avant par une avocate ou un avocat sérieux), c’est que l’accusateur (l’autrice, l’auteur) puisse démontrer de façon indéniable que l’accusé a bien pu lire le projet, qu’il l’a approché de très près.

    Sans cette condition, l’autrice ou l’auteur perdra toujours.


    La bonne façon de faire

    En d’autres termes, ce qu’il faut obtenir en réalité, après avoir déposé le projet quelque part, n’importe où, ce sont des preuves de lectures par ceux et celles à qui vous l’envoyez.

    J’ai expliqué à Nancy comment je m’y prenais.

    Toujours pareil.

    Lâchement.

    J’écris un mail, unique, qui n’est consacré qu’à cet envoi, donc avec le PDF joint.

    J’aborde le problème de la version papier plus bas.

    Hello Simon, ma petite brute préférée,

    Ci-joint le manuscrit de la version 4 de mon roman « Ceci n’est pas un plagiat ».

    Pourrais-tu me confirmer que tu l’a bien reçue, que je puisse être sûr qu’il n’a pas atterri dans ton dossier spams comme ça arrive fréquemment aujourd’hui quand il y a un gros fichier ?

    D’avance je te remercie, ma petite caille, et je te souhaite évidemment une bonne excellente lecture (ne t’arrête pas à la page 5 comme la dernière fois, stp)

    Bien à toi, encore merci,

    Napoléon

    Bien sûr, on peut faire, de la même manière, une version plus officielle où l’on mettra plutôt :

    Bonjour Madame, Monsieur,

    Comme convenu au cours de notre dernier échange, je vous transmets la version 4 de mon roman « Ceci n’est pas un plagiat » auquel vous avez eu la gentillesse de vous intéresser.

    Pourriez-vous me confirmer que vous avez bien reçu ce document et que vous avez pu l’ouvrir sans problème, afin que je puisse vous le renvoyer, le cas échéant, s’il a atterri dans votre dossier spams ?

    En vous remerciant d’avance, je vous en souhaite bonne réception. Je vous souhaite également de trouver dans sa lecture le même plaisir que celui que j’ai eu à l’écrire.

    En restant à votre disposition pour toute information complémentaire,

    Bien cordialement,

    Ph.P.

    Et ça ne manque pas, on reçoit pratiquement toujours le même retour.

    J’ai bien reçu votre manuscrit et j’ai pu l’ouvrir sans souci.

    Pour la version papier, il y a plusieurs moyens de faire, en joignant par exemple une petite lettre demandant au receveur de vous confirmer la bonne réception. En doublant cette lettre d’un mail envoyé quelques jours plus tard.

    Notez que pour les maisons d’édition il n’y a pas de problèmes puisqu’elles vous confirment toujours la bonne réception dudit manuscrit. Et, de toute façon, une maison d’édition ne plagiera jamais votre œuvre…


    Ça n’est pas fini

    On n’en a pas encore tout à fait fini, expliquai-je à Nancy.

    Il reste à :

    • faire un dossier portant par exemple le nom du destinataire dans un dossier « envois » du projet,
    • mettre dedans :
      • un PDF du mail d’envoi,
      • le PDF du manuscrit envoyé (c’est important, même si ça fait beaucoup de copies),
      • un PDF du mail de confirmation de bonne réception (capital — même si les autorités pourront toujours le demander au provider du plagieur),
    • compresser ce dossier,
    • le déposer par exemple sur Github, comme un repository normal.

    Je vous conseille d’avoir toujours un dépôt Github, ça vous permet de gérer facilement vos versions et, surtout, comme il s’agit d’un gestionnaire de version très sérieux, il garde scrupuleusement les traces des dates de dépôt. On pourrait même s’en contenter pour considérer que le projet est sauvé (n’ayant jamais eu vent de procès qui auraient accepté un dépôt Github, je préfère ne pas l’affirmer).

    Bien entendu, si vous êtes de caractère anxieux, ce dépôt Github doit être « privé » (private repository) afin que personne ne puisse avoir accès à votre zip.

    Et voilà, à présent, votre travail est réellement protégé et vous serez en mesure de démontrer que telle ou telle personne a bien été en contact avec votre œuvre.


    Veille documentaire

    Il ne vous reste plus qu’à suivre un peu les développements des boites à qui vous avez envoyé votre travail (un an plus tard), au cas où (dans les livres parus, les films, etc.)

    Concernant mon procès, j’ai eu la chance d’être alerté par une proche qui m’a appelé pour me dire « Oh, t’as vu, il y a ta série qui passe à la télé ». C’est de cette manière que j’ai découvert le pot aux roses (je n’ai pas la télé).

    Et malheureusement pour les producteurs crapuleux, j’avais toutes les preuves nécessaires pour prouver qu’ils avaient bien été en contact avec mon travail (ça n’a pas été compliqué, du reste, puisqu’ils l’avaient acheté… — c’est la raison pour laquelle le procès est aussi pour parasitage puisqu’en l’achetant ils m’ont empêché de le développer ailleurs).


    Ne plus dire de bêtises

    Nancy a été tout à fait rassurée de procéder de cette manière et j’ai pu, enfin, lire l’intégralité de son manuscrit ! (oui, oui, je lui ai fait le mail de bonne réception ! 😃)

    Et dorénavant, je sais qu’elle ne colportera pas ces bêtises de protection qu’on lit un peu partout et qui sont, vous l’avez compris maintenant, malheureusement vaines si on s’y arrête. 

    Sauf si, bien entendu, on considère qu’elles ne sont là que pour rasséréner la parano naturelle de l’autrice ou de l’auteur… Et là-dessus, elles sont pleinement efficaces ! 😊

    PS : Vous voulez mettre un terme à cette croyance dangereuse de la protection du manuscrit ?… N’hésitez pas à diffuser cette information autour de vous — en partageant ce post par exemple. Les futures autrices plagiées et les futurs auteurs plagiés vous en remercient d’avance 😃.


    SOMMAIRE

  • Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n’y a qu’à l’étudier.

    Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n’y a qu’à l’étudier.

    Honoré de BALZAC (La Comédie humaine)

    Comment je la comprends

    Balzac nous donne ici une leçon d’imagination, nous invitant à observer les effets du hasard dans la vie pour être fécond, c’est-à-dire pour trouver des idées.

    Il est capital de noter l’emploi du verbe « étudier » et non pas l’emploi du verbe « copier » ici. Il ne s’agit en rien d’imiter dans une histoire les hasards de la vie. Une œuvre ne supporte pas ces hasards — qu’on appelle deus ex machina — et ils ne doivent servir à l’inspiration qu’en tant qu’objets d’étude.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Le pédagogue n’a rien à donner.

    Le pédagogue n’a rien à donner. L’or qu’il découvre chez ceux qui l’écoutent n’est pas le sien.

    Phil (Collection Narration)

    Comment je la comprends

    Cette citation signifie que ni le talent ni le génie ne peuvent être apportés par le pédagogue, aussi compétent soit-il.

    On peut transformer un auteur ou une autrice maladroite en autrice ou auteur habile, on peut apprendre à quelqu’un ou quelqu’une sans aptitude pour la narration à concevoir une histoire honorable, mais en aucun cas on ne peut faire d’alchimie : on ne pourra jamais transformer en or une sensibilité ou une imagination de fer.

    Tout le mérite revient toujours à l’artiste lui-même ou elle-même.

    Le pédagogue n’est qu’un accélérateur, un catalyseur.

    Mais ça n’est pas pour ça qu’il faut l’oublier… comme le font tant d’ingrats.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Un état bien dangereux : croire comprendre.

    Un état bien dangereux : croire comprendre.

    Paul VALÉRY (Choses tues (1930))

    Comment je la comprends

    Comme c’est vrai ! Et c’est peut-être d’autant plus vrai dans les domaines de l’art, où le fait de comprendre risque d’oblitérer le fait que l’on ne se trouve pas dans le domaine de la raison mais dans celui des idées, des sensations et des émotions.

    Croire comprendre, en art, revient souvent à figer les choses, à les limiter et les restreindre à une seule expression au lieu de mille.

    Il ne faut rien comprendre, et toujours tout interroger.

    Savez-vous que le nom « Icare » pour ce site découle justement de cette même croyance ?

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Coaching d’une jeune écrivaine (4)

    LES TROIS ÉTAPES CRÉATIVES

    SOMMAIRE


    Il est extrêmement difficile, même pour une autrice ou un auteur expérimenté, de se sentir libre dans ce travail si particulier, si systématique, si rébarbatif de la réécriture avec l’éditeur ou l’éditrice. On y passe pourtant tous au tout début (sauf avec Viviane Amy, mais c’est un cas à part).

    C’est redoutable, je m’en rends compte dès les premières modifications que Nancy effectue sur son premier chapitre. Nancy n’a strictement aucune expérience en la matière. Et l’effet est forcément désastreux, qui se résume à deux constats :

    • elle modifie ce qui fonctionne déjà,
    • elle ne touche pas à ce que son éditrice lui demande d’améliorer.

    Après discussion, elle me confie qu’elle se sent désemparée, n’a aucune idée de la façon de retravailler son texte, de retrouver la liberté qui lui a fait accoucher du manuscrit signé.

    Il faut pourtant préserver à tout prix cet esprit de liberté pour que le travail demeure un travail créatif, donc un travail où les contraintes restent stimulantes, inspirantes. 

    Rien de pire qu’un travail d’imagination qui tourne à la « check-list » de tâches à cocher.


    Trois étapes

    Pour y parvenir, après s’être mis d’accord sur le fait qu’elle ne devait en aucun cas toucher ce qui fonctionnait, je lui propose de travailler sur les passages à corriger (ceux relevés par l’éditrice) en suivant un processus très simple qui décompose le processus de l’écriture en trois phases distinctes.

    Le décomposer en trois phases à l’immense mérite de ne pas trop solliciter le cerveau, de front, sur des activités aussi incompatibles que l’imagination, l’analyse et la rédaction.

    Ces trois étapes, je les appelle :

    • LIBERTÉ
    • ANALYSE
    • RÉÉCRITURE

    Préparation

    Avant d’attaquer ces étapes, bien entendu, on note soigneusement le passage concerné (le mieux est de l’isoler dans un nouveau document). On note également ce qu’il convient de faire dessus. Augmenter le conflit ? Renforcer les personnages ? Supprimer les répétitions de schémas ? Améliorer les dialogues ? que sais-je encore ?

    Il faut en tout cas bien noter la maladie dont souffre le passage, maladie signalée par l’éditrice. 

    Pour ne pas en soigner une autre…


    ÉTAPE LIBERTÉ

    La première étape peut commencer. 

    Dans cette étape, on se donne une totale liberté, on invente ce que l’on veut, on casse tout si on en ressent le besoin, on remet tout en cause sans scrupule, on part dans toutes les directions, on joue au jeu du « et si… », on travaille en collaboration directe avec son imaginaire, avec ses envies, avec ce que l’on ressent physiquement.

    On ne garde en tête, dans la seule petite partie rationnelle de notre cerveau, que l’indispensable : l’objectif à atteindre, la maladie à soigner. Et l’on ’efforce de concentrer ses efforts dessus, en tirant de tous les côtés. 

    Il ne faut jamais avoir peur, dans cette phase, de se perdre, de dévier, de partir ailleurs. Parfois, l’inconscient utilise des voies détournées pour parvenir au bon résultat, il faut lui faire confiance et le laisser exprimer ses vues. Il ne faut surtout pas le contrarier (il vous le rendrait en boudant…).

    Dans cette étape, il n’y a rien de pire que de couper une idée parce qu’elle ne remplit pas le cahier des charges. L’imaginaire, surtout au début, est très susceptible, ne pas le fâcher est une exigence absolue si l’on veut collaborer toute une vie avec lui.

    Dans cette phase, on se fiche comme de l’an quarante du style. On écrit comme ça vient, comme ça nous chante, comme on parle (on peut fonctionner en s’enregistrant, même). Bref, on se fiche royalement de rédaction, de formulation. Le style télégraphique est le grand style de cette partie.

    Totale liberté, donc, dans ce travail qui va prendre, disons une heure. Mais on ne doit l’arrêter que lorsqu’on sent qu’on est allé loin, assez loin. Si l’on n’a plus le temps, on remet au lendemain pour poursuivre.


    ÉTAPE ANALYSE

    Vient ensuite le temps de reprendre cette production et de l’analyser. 

    C’est la deuxième phase du brainstorming.

    Ça peut se faire le lendemain, après avoir un peu oublié, avec un esprit reposé, un œil neuf.

    On garde le premier document, qu’on duplique, par exemple. Il est toujours bon de garder des traces, pour pouvoir y revenir au cas où.

    Dans cette phase, on va tenter de séparer le bon grain de l’ivraie. Le but ultime est de ne garder que ce qui est bon et de jeter tout ce qui ne l’est pas (pour nous, à ce moment M de notre travail). 

    En gardant en tête que ce qui est bon ici doit concerner avant tout la maladie à soigner.

    C’est plus facile à dire qu’à faire, évidemment, car on ne peut jamais être certain de ses choix. D’autant plus quand on ne sait pas encore ce que l’on veut dire avec son histoire.

    Ici, donc, on va réfléchir, on va se casser la tête, on va sous-peser, on va estimer, pour ne garder que le bon, si possible l’excellent même.

    On va passer en revue chaque idée et se poser des questions comme :

    – Cette idée soigne-t-elle la maladie du passage ? Et si oui comment ? (attention, si la réponse est « non », mais que l’idée est géniale, il faut l’intégrer, absolument — en se méfiant quand même toujours de l’illusion créée par les nouvelles idées).
    – Est-ce que c’est vraiment mieux avec cette idée ? Pourquoi ?
    – Si j’ajoute cette idée, qu’est-ce que je perds ?
    – Qu’est-ce que je gagne ?
    – En quoi cette idée s’intègre-t-elle au roman ? Aux personnages ? À la thématique ? Aux intrigues ?
    – etc.

    Bien entendu, il est possible de modifier encore des choses ici, il faut toujours prêter une oreille attentive à son imaginaire. Mais l’idée est quand même de toujours revenir à l’analyse, à l’estimation.

    (je montrerai une autre fois comment on peut estimer objectivement la valeur d’une idée, en détail, pour le moment, je ne donne que la conclusion : une bonne idée, c’est une idée qui remplit au moins 3 fonctions différentes dans l’histoire)

    Si des idées sont en concurrence, les estimer l’une et l’autre et garder celle qui semble la meilleure, la plus adaptée, la plus simple aussi.

    À la fin de cette phase, qui peut être deux fois plus longue que la précédente, on devrait avoir dégagé les nouvelles idées et, surtout, les remèdes pour soigner le passage. 

    Si ça n’est pas le cas, recommencer depuis l’étape Liberté et procéder à nouveau à l’analyse.

    Sinon, on peut passer à la suite.


    ÉTAPE ÉPURATION RÉÉCRITURE

    Maintenant que le bon grain a été recueilli, on va pouvoir épurer et réécrire.

    Ici, on ne va garder que ce qui sera vraiment utile pour modifier le passage. On duplique le document précédant pour faire ce travail.

    Et on cherche, dans un exercice normal de rédaction les meilleures formulations pour introduire les nouvelles idées. 

    C’est maintenant qu’on va vraiment se soucier de style, de bonne rédaction. De clarté et de nervosité, de forme littéraire. 

    On doit parvenir à un texte aussi bon que celui qu’on modifie. 

    Heureusement, ici, on n’a que ça à faire, puisque tous les choix doivent avoir été opérés avant.

    On n’oubliera pas, cependant, d’être très vigilant sur la longueur. Si l’éditeur ou l’éditrice a acheté un manuscrit de 300 pages, il faudra lui livrer un manuscrit de 300 pages, 320 au maximum, pas 450. Or, une des erreurs classiques de cette phase d’écriture est de gonfler le texte sans s’en apercevoir — ou, pire : en croyant bien faire. Non, le livre de 300 pages d’une primoautrice se vendra, pas celui de 600 pages. Ce sont des règles mathématiques que l’éditrice ou l’éditeur connait très bien.

    Donc, en permanence, on vérifiera la longueur. Si le passage double de longueur, le livre double de longueur. Même si c’est faux, garder toujours ce repère en tête. 

    Note : En général, si le passage est trop long, l’éditeur ou l’éditrice l’indique. Il peut mentionner qu’une réduction de 20 %, par exemple, doit être effectuée. S’assurer qu’elle a été faite dans votre version finale. Il en va du rythme du livre.


    Laisser reposer

    Un texte, c’est de la pâte à crêpe. 

    Ne pas oublier de le laisser reposer.

    Ne pas renvoyer le nouveau chapitre tout de suite.

    Plutôt, attaquer le même travail sur le chapitre suivant.

    Lorsque ce chapitre suivant reposera lui aussi, revenir sur le travail sur le chapitre courant et le peaufiner.

    Puis l’envoyer.

    Avec ou sans sucre (à vous de voir)…


    SOMMAIRE

  • Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage.

    Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage.
    Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
    Polissez-le sans cesse et le repolissez.
    Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’art poétique (1669-1674))

    Comment je la comprends

    Est-il vraiment nécessaire d’expliciter cette citation bien connue de Boileau-Despréaux ?

    Peut-être juste une remarque sur l’étrange « Hâtez-vous lentement », qui n’est en fait qu’une mise en garde sur le fait qu’il faut retourner au travail sans attendre, mais ne pas se précipiter. Il ne faut pas remettre à plus tard, il ne faut pas procrastiner, mais il convient de le faire sans trop empressement. Arriver au bout de l’œuvre est un travail de longue haleine et il ne faut surtout pas être trop pressé d’arriver au but.

    Il m’arrive aussi, souvent, de dire « Prenez le temps d’aller vite. »

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Ne crois pas que tu t’es trompé de route, quand tu n’es pas allé assez loin.

    Ne crois pas que tu t’es trompé de route, quand tu n’es pas allé assez loin.

    Claude AVELINE (Avec toi-même)

    Comment je la comprends

    Aveline nous invite à ne pas nous arrêter trop tôt, il nous indique que ce que nous devons ou voulons trouver n’apparait pas immédiatement, qu’il faut parfois aller jusqu’au bout de la recherche pour découvrir enfin ce que nous espérions trouver.

    Il nous enseigne que tant que l’on n’est pas arrivé au bout du chemin, tout au bout, il est impossible de savoir si l’on s’est trompé ou non. Ce sont les derniers mètres et seulement les derniers mètres qui révèlent le trésor.

    Aussi bien, il faut savoir écouter sa conviction profonde, qui nous dit, même lorsque rien n’apparait de ce que l’on espérait, que nous creusons dans la bonne direction et qu’il y a quelque chose à découvrir là-bas.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Coaching d’une jeune écrivaine (3)

    L’UTILITÉ D’UNE LISTE DE TÂCHES

    SOMMAIRE


    Une liste de tâches utile

    Suite aux problèmes qui se sont révélés lors de la précédente étape, je décide de m’inspirer de tout ce que l’on fait intuitivement dans le travail de réécriture pour concocter une liste de tâches qui doit guider Nancy dans son travail d’écriture (en lui précisant bien qu’elle peut réaliser ces tâches dans l’ordre qu’elle voudra).

    Je note d’abord ces points essentiels.

    • Le travail de réécriture (avec la maison d’édition) ne doit jamais ressembler à une check-list dont on coche les cases après avoir fait semblant de répondre aux points perfectibles relevés. La réécriture doit être un vrai travail de création, toujours inspiré.
    • Mais afin que Nancy ne se perde pas dans tout ce qu’il y a à faire et qu’elle ne maitrise pas encore, je décide de nous appuyer sur une vraie checklist définissant le plus clairement les travaux à réaliser. Pour ce faire, on fera appel à todoist qui me semble être l’outil collaboratif le plus adéquat pour ça.
    • Grâce à Todoist, je peux définir chaque tâche avec ses sous-tâches, mettre une description pour préciser les choses, mettre des commentaires. Je définis aussi Nancy comme responsable de la tâche. Elle pourra elle aussi faire des commentaires et je lui demande, notamment, d’expliquer en deux mots ce qu’elle a fait pour répondre à l’écueil ou à la demande formulée.
    • Je n’oublie pas, dans cette liste de tâches, de mentionner aussi les points positifs relevés pour s’appuyer dessus.
    • J’ajoute également des points récurrents qu’elle doit bien garder en tête :
      • ne pas toucher à ce qui fonctionne tant qu’elle ne possède pas l’expérience suffisante ;
      • faire des brainstormings pour toujours trouver plusieurs solutions, plusieurs idées.
    • Avant l’envoi, je demande à Nancy de valider aussi deux sous-tâches plus importantes qu’il n’y parait :
      • une passe pour vérifier la « propreté » du document, au niveau de l’orthographe et aussi des coquilles qu’on laisse souvent dans ce travail (bouts de phrases répétés, mot oublié ou au contraire fautivement laissé). Pour ce travail, rien ne vaut une relecture par une intelligence artificielle, en la focalisant sur ce travail et seulement celui-là ;
      • enfin, Nancy doit s’assurer qu’elle n’a pas explosé le nombre de pages du chapitre. La longueur de la réécriture doit tourner autour du nombre de pages initiales (± 1/12e) sauf évidemment mention contraire, si elle doit drastiquement réduire la longueur ou au contraire développer une partie.

    Grâce à cette liste de tâches, je suis certain que le travail de Nancy sera plus productif et surtout qu’elle aura vraiment le sentiment d’avancer.

    Il serait génial d’avoir un système de points, c’est toujours motivant, mais il n’existe sur Todoist que sous forme de karma et je ne suis pas sûr que Nancy, simple membre, y ait accès.


    Il ne me reste plus qu’à l’inviter sur l’application et la laisser découvrir les tâches à exécuter sur son premier chapitre.


    SOMMAIRE

  • Tuez-le ! Tuez-le !

    Voilà bien le pire tic d’écriture — et tic de jeu — que l’on trouve partout et principalement au théâtre, colporté par des auteurs aussi éminents que Molière. On le trouve encore beaucoup, malheureusement, dans la littérature dès qu’un personnage s’exclame.

    – Au voleur ! Au voleur ! À l’assassin !

    Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : ça n’est rien d’autre qu’un tic d’écriture. Il faudra qu’on m’explique ce qu’apporte (hormis de la lourdeur) ce redoublement de « Au voleur ! ».

    Avouons-le. « – Au voleur ! À l’assassin ! » porterait strictement le même sens, serait plus léger et serait bien plus efficace. Car on y sent plus le glissement d’un mot à l’autre, de « voleur » à « assassin », avec tout ce que ce glissement contient d’ironie, d’humour.

    C’est autant un cliché de jeu qu’un cliché d’écriture. 

    Qui, dans la vie, s’exprime de cette manière ? en redoublant ses exclamations ? Même lorsqu’il nous arrive de répéter, jamais ça n’est fait sur le même ton, jamais ça n’est une répétition stricte comme ici et l’écriture devrait en témoigner. Nous pouvons avoir des « Arrête… Arrête ! », ce qui n’est pas un tic mais une volonté affichée de créer une évolution.

    Au-delà du côté artificiel, nous savons que la répétition est le pire ennemi du style, lorsqu’elle n’appartient pas à une forme rhétorique qui neutralise ses écueils par sa nature même, comme l’anaphore (« moi Président… ») l’épanalepse (« L’homme est un loup pour l’homme ») ou la symploque (« Qui voudrait lire ça ? Personne. Qui voudrait l’entendre ? Personne. ») pour ne citer que ces figures classiques.

    Au cinéma, il n’est que dans les mauvais films — et les mauvais scénarios — qu’on trouve encore aujourd’hui ce tic d’écriture. Alors même que le cinéma a fini d’être l’héritage direct du théâtre.

    Heureusement, le cinéma étant plus rigoureux que la littérature au niveau de son « imitation de la vie », de la « réalité », pouvant moins se permettre aussi d’être maniériste, il a abandonné depuis longtemps ce cliché. Il invente certains usages, c’est vrai (de plus en plus vite et fort : « non non non non non ») mais ces usages sont abandonnés aussitôt qu’ils deviennent des tics, des clichés.

    Nous devrions nous en inspirer pour ne plus en user ni dans notre prose ni dans nos dialogues.

  • La vie est faite d’illusions.

    La vie est faite d’illusions. Parmi ces illusions, certaines réussissent. Ce sont elles qui constituent la réalité.

    Jacques AUDIBERTI (L’Effet Glapion (1959))

    Comment je la comprends

    Très jolie affirmation qui ne peut qu’inciter à croire en ses rêves. Puisque la réalité n’est constituée que d’illusions qui ont réussi, alors pourquoi les nôtres ne réussiraient-elles pas ? Parce qu’elles sont trop naïves ?…

    Mais ne faut-il pas une grande naïveté et de grandes illusions pour croire qu’on puisse voler un jour ? pour croire que l’on puisse appuyer sur un bouton pour éclairer un lieu ? pour croire que l’on puisse capturer le mouvement et la couleur dans un film ? pour croire que nous puissions être mondialement connectés par le biais d’un simple téléphone ? et tant d’autres illusions tellement naïves ?…

    Aussi, se faire des illusions est la meilleure et la plus belle façon de construire son avenir, notre réalité de demain.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.