Auteur/autrice : Philippe Perret

  • Longtemps, l’histoire se connait mieux qu’on ne la connait soi-même.

    Longtemps, l’histoire se connait mieux qu’on ne la connait soi-même.

    Phil (La Collection Narration)

    Comment je la comprends

    C’est effectivement une conviction que j’ai que nous ne sommes que les rapporteurs, les messagers, de notre inconscient — qu’on peut appeler « imaginaire » — et que cet inconscient connait l’histoire déjà dans son intégralité lorsqu’il ne nous en montre qu’une minuscule partie par le trou de la serrure — lorsque l’on croit en avoir l’idée.

    Nous n’avons plus ensuite qu’à interroger cet inconscient pour qu’il nous livre l’histoire jusqu’à son dénouement.

    En réalité, il ne la connait peut-être pas si bien que ça, mais va pouvoir la construire savamment si nous l’interrogeons bien.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Ce que l’homme redoute le plus, c’est ce qui lui convient.

    Ce que l’homme redoute le plus, c’est ce qui lui convient.

    Henri-Frédéric AMIEL (Doute)

    Comment je la comprends

    Par cette affirmation, Amiel exprime le fait que très souvent on refuse et on a peur de ce qui serait pourtant bon et le meilleur pour nous.

    En ce qui concerne l’apprentissage, c’est presque une évidence : on va rarement travailler sérieusement du côté des choses qui pourtant nous feraient le plus progresser. On redoute de travailler sur la structure alors que c’est ce qui nous ferait le plus grand bien. On redoute de travailler sur les personnages alors que c’est là qu’on a une faiblesse.

    Ce que j’ai pu remarquer en tout cas, en tant que coach d’écriture, c’est que très souvent l’autrice ou l’auteur pensait justement être forte ou fort dans ce qu’elle ou il avait de plus faible.

    Ça pourrait surprendre, mais c’est pourtant très logique : lorsque l’on est faible en structure par exemple, on est faible aussi pour juger les structures, les siennes et celles des autres. Donc, en ne ressentant pas de problèmes particuliers sur les siennes, on va les penser bonne. On va donc penser être bon dans ce que l’on connait le moins, exactement là où l’on a une déficience.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Coaching d’une jeune écrivaine (2)

    ÉTAT DES LIEUX — CORRIGER LE MOINS POSSIBLE

    SOMMAIRE


    Avant de commencer le travail proprement dit, un rapide état des lieux est nécessaire.

    Contrat et maison d’édition

    Je lis le contrat d’édition signé (avec accord parental) par Nancy et son père. Rien de particulier à ce niveau-là, si ce n’est l’absence d’un à-valoir. Je le signale à Nancy en lui précisant quand même que ça ne rend pas caduc ce contrat. Je lui explique simplement qu’elle ne touchera rien à la signature et que ça n’est pas bien grave. 

    Personnellement, je préfère faire supprimer cette clause de mes contrats. Elle oblige l’éditrice ou l’éditeur à avancer de l’argent, argent que l’autrice ou l’auteur devait de toute façon rembourser. Je préfère toucher des droits dès les premiers livres vendus.

    J’ai pris aussi quelques renseignements sur la maison d’édition, une petite maison d’édition parfaite pour débuter dans la publication.

    Premiers retours

    Avant d’accepter ce coaching, évidemment, j’avais pris connaissance des retours de l’éditrice sur les premiers chapitres de Nancy. Ces retours me rassurent tout à fait, ils me semblent pertinents et font preuve d’une incroyable bienveillance.

    C’est tout ce qu’il faut pour une écrivaine en herbe aussi jeune, qui a besoin d’être stimulée autant qu’elle a besoin d’être poussée à l’exigence.

    Chapitre par chapitre

    La façon de procéder pour cette réécriture avec la maison d’édition sera classique : les améliorations se feront chapitre par chapitre. Nancy reçoit la fiche de lecture d’un chapitre et doit le corriger en conséquence.

    J’ai pu également, avant d’accepter ce coaching, prendre connaissance des premiers chapitres modifiés par Nancy. Modifications qui s’appuyaient sur les directions définies par son éditrice.

    Et c’est là que j’ai pu commencer à mesurer réellement l’ampleur du travail qu’il faudrait accomplir. Au vu des divergences patentes entre les améliorations demandées et celles opérées, la tâche s’annonce redoutable.

    Corriger le moins possible

    Car, en réalité, Nancy, comme toute jeune autrice, ne sait absolument pas réécrire… Elle fonctionne à l’instinct, sur la seule base de ce que j’appelle l’imagination libre. Elle corrige ce qui était souligné dans la fiche comme bon et elle laisse en l’état ce qui avait été noté comme perfectible…

    Après discussion avec Nancy, elle m’avoue qu’elle se sent désemparée, qu’elle a peur. Je la rassure comme je peux sur le fait qu’elle serait capable d’y arriver et que la peur est une excellente conseillère, à partir du moment où l’on s’en fait une amie.

    Et j’en profite pour lui donner la première leçon importante : quand on ne sait pas encore réécrire, on doit corriger le moins possible. Dans le cas contraire, on est certain de perdre l’essence de son histoire, de perdre sa magie, son intérêt. En une soirée, on est capable de retirer ce qui avait demandé des mois d’écriture, de réflexion, d’inspiration. On travaille en dépit de tout bon sens et l’on perd la substantifique moelle pour n’ajouter que de la graisse mal sentie.

    Alors qu’il aurait fallu corriger le moins possible et de façon chirurgicale, s’attacher presque exclusivement aux problèmes relevés, en leur trouvant une solution aussi inspirée que raisonnée.

    Première tâche

    Ma première tâche va donc consister à trouver le moyen de briser ce comportement, à trouver les modes opératoires et les outils qui permettront à Nancy de travailler en toute quiétude, de se rassurer pour adopter une attitude productive face à son travail. Et de développer une technique tout en préservant — c’est capital — son instinct qui semble d’une rare pertinence.

    Ça ne sera pas simple, je ne l’ai jamais fait avec une personne aussi jeune et possédant si peu d’expérience (sans parler des problèmes qu’elle rencontre dans sa vie privée et que je ne détaillerai pas ici).

    Et cette recherche fera l’objet du prochain épisode.


    SOMMAIRE

  • Je ne sais ce que c’est que vouloir sans faire.

    Je ne sais ce que c’est que vouloir sans faire.

    Emile-Auguste Chartier, dit ALAIN (Entretiens au bord de la mer (1931))

    Comment je la comprends

    C’est un aveu que devrait entendre ces personnes, trop nombreuses, qui rêvent d’avoir écrit un roman ou un film. Ils rêvent de l’avoir fait, de le tenir entre leurs mains ou de le voir sur un écran, ils veulent pouvoir dire « J’ai écrit un roman », ou « J’ai écrit un film », mais c’est en réalité tout ce qui les intéresse : ils ne veulent pas le faire, ils veulent pouvoir dire qu’ils l’ont fait.

    Bien entendu, ceux-là n’arrivent à rien, jamais. Car ce n’est pas vouloir qui est important, c’est faire. Écrire un roman, écrire un film, ça n’est pas « vouloir l’avoir écrit », c’est l’écrire véritablement.

    Alain affirme ainsi comment sa volonté d’artiste — ou même d’humain ou d’humaine simplement — se met en action dès qu’il veut quelque chose.

    Il ne laisse jamais le rêve ne demeurer qu’un rêve.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Le génie, c’est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde.

    Le génie, c’est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde.

    Gustave FLAUBERT (Correspondance, à Louise Colet, 1853)

    Comment je la comprends

    Flaubert, par cette affirmation, nous fait une invitation au travail. Le génie ne nous concerne pas, c’est un don de la Nature (ou de Dieu si l’on y croit, ou de l’enfance, ou de l’éducation, en tout cas d’une source inconnue jusqu’à aujourd’hui), nous n’y pouvons rien.

    Le talent, en revanche, est le fruit d’un travail, d’un labeur humain, et c’est à nous et à nous seul qu’il incombe.

    Flaubert, bien sûr, est le meilleur représentant de sa citation : il avait incontestablement du génie, mais il savait travailler dur pour améliorer son talent.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Coaching d’une jeune écrivaine (1)

    UN CONTRAT CLAIR

    SOMMAIRE


    État des lieux

    Pour le respect de son anonymat, j’appellerai Nancy la jeune écrivaine que je coache (son vrai prénom est aussi à consonance américaine mais je n’en dirai pas plus). Dans la réalité, elle est mineure et vient de signer son premier contrat d’édition (un vrai contrat, dans une maison d’édition à compte d’éditeur) — avec accord parental. Après discussion avec son éditrice, j’ai accepté de la coacher dans son travail de réécriture.

    Je partagerai ici toutes les choses que je pourrais avoir à lui transmettre, qui peuvent peut-être — c’est en tout cas mon plus grand souhait — servir à d’autres écrivains ou écrivaines en herbe, en leur souhaitant d’être aussi talentueuses ou talentueux que Nancy. 

    En sachant que cette dernière n’a aucune expérience, n’écrit que depuis quelques années — depuis très peu de temps sérieusement — et ne connait rien au monde de l’édition, le chemin pour parvenir à la version publiable devrait être long et semé de d’embuches.

    Le cadre précis du coaching

    La première chose que nous avons faite, Nancy et moi, a été de définir ensemble le cadre précis du coaching 🖼️. Ça pourrait paraitre dérisoire, subalterne et même trivial, c’est au contraire déterminant pour la bonne marche d’une telle entreprise. Ce cadre a été ensuite validé par l’éditrice.

    Le contrat n’est pas lourd, il tient sur un ticket de métro en deux points essentiels :

    1. le rôle qui m’est dévolu se limitera au travail exclusif sur les directions, remarques et suggestions de l’éditrice,
    2. l’absolu respect du statut d’autrice de Nancy, qui doit rester créatrice de son œuvre.

    Pour les détailler, le ticket de métro ne suffira pas.

    Pour le PREMIER POINT, mon rôle se limitera donc à aider Nancy à réaliser les attentes de son éditrice sur son projet de roman. Je ne devrai en aucun cas proposer d’autres pistes, d’autres directions (en tout cas pas sans passer par la validation de la maison d’édition). Ce rôle comprend bien entendu de passer par la compréhension claire, par Nancy, des concepts narratifs ou littéraires inhérents aux remarques, qui sont souvent expéditives. Ceux, en tous cas, qu’elle ne connaitrait pas déjà (et comme son écriture est essentiellement instinctive — et elle doit le rester —, elle applique beaucoup de théorie sans le savoir ni la connaitre).

    Nancy, de cette façon, n’aura qu’un seul son de cloche. Et c’est toujours mieux, surtout lorsque l’on accomplit sa première réécriture dans le cadre d’une publication professionnelle, travail redoutable, croyez-moi, encore plus lorsque l’on est jeune.

    Pour le SECOND POINT tout aussi capital, le statut du respect d’autrice, il passe par le fait que chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, chaque scène, chaque idée du manuscrit final prêt à la publication sera l’œuvre exclusive de Nancy. En tant que coach, je ne me substituerai donc jamais à son rôle d’autrice, ne réécrirai jamais le moindre mot ni ne lui proposerai jamais la moindre idée. Je suis là pour l’aider à accoucher de son projet, pas pour lui mettre mon propre bébé dans les bras.

    Nancy, de cette manière, pourra être fière de son travail et certaine que ce sont ses idées et seulement ses idées qu’elle a réalisées. Même si, ne nous leurrons pas, il faudra parfois les accoucher au forceps 😁 (ce qui nécessitera beaucoup de bienveillance et d’humour).

    Mais ça, ce sera pour de prochains épisodes.


    SOMMAIRE

  • Une règle d’or : faire peu de choses.

    Une règle d’or : faire peu de choses.

    Henri Millon de MONTHERLANT (Carnets (1957))

    Comment je la comprends

    On pourrait même dire : faire le moins de choses possible. Plus l’audience sent que l’on a mis en branle une armée entière de moyens, une armada d’effets, pour l’émouvoir ou le faire vibrer et moins il peut en être impressionné — au sens propre du terme.

    A contrario, si d’un simple mouvement d’aile le récit parvient à déplacer une montagne, l’effet sur le public n’en sera que plus fort. C’est ce que j’appelle le principe du plus petit évènement pour le plus grand effet.

    Voir aussi, bien sûr, la citation de van der ROHE qu’on trouvera ici.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Pas de dialogue entre les personnages, mais un jeu de relations.

    Pas de dialogue entre les personnages, mais un jeu de relations.

    Phil (Collection Narration)

    Comment je la comprends

    Ce que je veux dire par là, c’est simplement qu’il faut être moins obsédé par les mots que l’ont fait sortir de la bouche de ses personnages que de la relation dont ces mots témoignent et la relation qu’ils permettent de tisser entre les personnages.

    Le « Je t’aime » n’est pas important, c’est la relation que cet idiome révèle entre les personnages qui l’est.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’inspiration est l’hypothèse qui réduit l’auteur au rôle d’observateur.

    L’inspiration est l’hypothèse qui réduit l’auteur au rôle d’observateur.

    Paul VALÉRY (Imagination)

    Comment je la comprends

    C’est un constat évident : si vraiment il y avait inspiration et seulement inspiration, l’artiste n’aurait qu’à attendre et regarder en sentinelle que l’idée arrive. Il ou elle ne ferait rien d’autre qu’observer.

    Le terme « réduit » employé par Paul Valéry, donc un terme « réducteur », péjoratif, indique bien qu’il s’inscrivait en faux contre l’idée que son métier ne se définisse que par cette sacro-sainte inspiration.

    Il la banalise tout à fait.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.

    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’Art poétique (1674))

    Comment je la comprends

    Un nouvel aphorisme de Nicolas Boileau tiré de son très inspiré L’art poétique. Celui-là est très connu. Il affirme qu’une chose que l’on conçoit bien — c’est-à-dire une chose que l’on comprend bien, dont on a une vision claire — peut s’exprimer de façon claire, intelligible, compréhensible.

    Mais il n’est pas toujours évident, dans le monde de la création, de la narration, de savoir si nous concevons suffisamment bien une idée, un évènement, une histoire.

    Alors Boileau nous offre par sa deuxième proposition une sorte de thermomètre : le fait que les mots viennent aisément est un signe que nous savons suffisamment bien ce que nous voulons dire. À l’inverse, si ces mots viennent difficilement, plutôt que de les forcer, nous devons chercher à mieux comprendre ce que nous voulons dire.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.