Auteur/autrice : Philippe Perret

  • Qui veut trop trouver ne trouve rien.

    Qui veut trop trouver ne trouve rien.

    Henri Millon de MONTHERLANT (Carnets (1957))

    Comment je la comprends

    Montherlant, par cette affirmation, nous invite à ne pas trop forcer les choses, forcer notre imagination.

    Si nous l’appliquons au brainstorming ou au moment où l’on doit trouver une idée, l’affirmation se révèle patente : si nous nous crispons trop, rien ne viendra. L’inspiration, l’imagination, sont des compagnes timides qu’on ne peut pas invoquer trop fort. Au lieu de ça, il faut se décontracter, laisser venir les choses et, pour le coup, tenter de n’être que les observateurs que critiquait Paul Valéry.

    Noter, enfin, qu’il parle de vouloir trouver, il ne nie pas ici l’importance de chercher.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Le sujet d’un ouvrage est à quoi se réduit un mauvais ouvrage.

    Le sujet d’un ouvrage est à quoi se réduit un mauvais ouvrage.

    Paul VALÉRY (Autres Rhumbs)

    Comment je la comprends

    En effet, si un livre, si un film, si une toile, se réduit seulement à son sujet, s’il ne fait que traiter de son propos, sans ouvertures, sans fulgurances, sans lumineuses images, sans universalité et sans style, alors c’est une mauvaise œuvre, plate et sans beaucoup d’intérêt.

    Autant il est important de ne pas se perdre dans l’œuvre en la traitant, de savoir la circonscrire à son sujet, autant il est indispensable pourtant de ne pas limiter son sujet à ce qu’il est.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.

    Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.

    Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX (L’Art poétique (1674), Chant I)

    Comment je la comprends

    Si ce conseil est pertinent, il occulte néanmoins le fait qu’écrire permet également de penser, que forger une phrase, un paragraphe, un texte, est également un moyen puissant de réfléchir une idée.

    En fait, Boileau parle plus ici du résultat que l’on doit obtenir que du cheminement pour atteindre ce résultat (même si l’un est dépendant de l’autre). Il est impératif, pour que la phrase soit bien écrite, que la pensée soit claire mais cela n’exclut pas le fait que pour parvenir à cette pensée claire on puisse passer par un travail de réflexion se servant de la phrase.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Les leçons du cinéma

    Introduction

    Il s’agit bien des « Leçons du cinéma » et non pas des « Leçons de cinéma ». En d’autres termes, il s’agit bien de ce que nous pouvons apprendre du cinéma pour rendre les romans plus forts, plus réussis, pour éviter beaucoup d’écueils et développer sa technique.

    Car quoi que l’on en dise, la technique fait partie intégrante de notre art, qui reste sur beaucoup de points un artisanat. Cette technique ne fait de mal qu’à celle ou celui, pas suffisamment artiste, qui en devient l’esclave. Pour l’artiste, la technique est une source perpétuelle de stimulations, un outil qui pousse à l’originalité, à l’exigence, j’espère que l’on s’en apercevra.

    Aussi, ce post voudrait être le premier d’une série traitant, on l’a compris, de ces nombreuses leçons qu’on peut tirer du cinéma. Elle m’a été inspirée par un énième manuscrit (non publié) écrit à la force du poignet par une pure apprentie romancière — je veux dire par là qu’elle n’avait d’autres techniques que sa propre expérience. Rien à voir avec son sexe puisque, gros lecteurs de ce genre de manuscrit, je rencontre ces écueils aussi bien chez les auteurs que chez les autrices, même lorsque ces manuscrits ont fait l’objet d’une publication à compte d’éditeur — mais visiblement par des éditeurs peu exigeants, car il y en a.

    Chaque fois que je lis un tel manuscrit, ça me rend trop triste de savoir que la plupart de ses écueils auraient pu être évités avec un peu de technique et la connaissance des principes narratifs appliqués au cinéma (tous les bons cinémas s’entend, dans toutes les langues et tous les genres).

    Pourquoi le cinéma ?

    Mais pourquoi le cinéma peut-il nous en apprendre autant ? J’y vois deux raisons principales. D’abord il y a le médium. Le cinéma, comme la musique et la danse, est un art métré, où le rythme est capital. L’apprivoiser peut s’apprendre. Ensuite, le cinéma étant très souvent une représentation de la vie, même quand elle est fantasmée ou déformée, les notions de justesse psychologique, de cohérence, sont tout aussi capitales. Beaucoup plus qu’à l’écrit. Le cinéma a beaucoup réfléchi sur ces questions.

    La deuxième raison tient à l’économie du cinéma. Un film coute* cher. Plusieurs millions d’euros (vous pouvez convertir en dollars, en yen, en couronnes ou en won), plusieurs dizaines de millions souvent dans les grands pays producteurs. Les financiers tiennent à s’enrichir avec ce médium éminemment lucratif, mais ils commencent par vouloir simplement et trivialement rentrer dans leurs frais. Pour ça, un film doit plaire au plus grand nombre, et je ne parle même pas des blockbusters ici, qui sont une catégorie particulière, dans ce raisonnement. 

    Plaire au plus grand nombre impose des impératifs remarquablement intéressants. Par exemple, la clarté du discours, des personnages, de la forme, des thèmes, des sujets et des problématiques universelles. Un film serait voué à l’échec si un quart seulement des spectatrices et des spectateurs étaient capables de le comprendre, de le suivre, d’en tirer de l’émotion. 

    Pour y parvenir, on pourrait bien entendu baisser le niveau de chaque curseur et proposer une œuvre simpliste et manichéenne. Ce serait mal réfléchir, car alors la moitié de l’audience, qui veut éprouver des émotions profondes, riches et rencontrer des personnages bigger-than-life ne se sentirait pas concerné et la condition du plus grand nombre ne serait pas respectée. C’est la raison même pour laquelle un blockbuster peut nous en apprendre beaucoup.

    On se rendra compte que beaucoup des écueils des manuscrits de roman touchent à des points sensibles où le cinéma performe. La structure de l’histoire (qui s’appuie non pas sur la froide logique mais sur l’émotion), le rythme on l’a dit, mais aussi la gestion intelligente des intrigues (grâce notamment à la maitrise de la triade OOC — Objectif-Obstacle-Conflit), le développement des personnages, de leur idiosyncrasie, de leurs dialogues, l’expansion de la thématique, et beaucoup d’autres domaines aussi que le roman, représentation écrite de la vie, partage avec le cinéma.

    Aussi me suis-je dit qu’il serait intéressant d’essayer d’en parler dans une série d’articles (un par semaine, a priori) consacrés à chacun des procédés qu’on peut apprendre du cinéma. Histoire d’essayer d’élever son degré de conscience en matière de narration. Ce qui ne peut jamais faire de mal.

    D’ores et déjà, n’hésitez pas à me dire, en commentaires, si le projet vous semble intéressant et si des points vous sembleraient particulièrement utiles à développer, je pourrais les traiter en priorité.

    Merci de votre lecture.

    Philippe

    * Merci de me pardonner mon application systématique de la réforme orthographique de 1990.

  • La forme n’est souvent qu’une mise en scène qui déforme.

    La forme n’est souvent qu’une mise en scène qui déforme.

    Paul LÉAUTAUD (Les Plus Belles Pages de Stendhal)

    Comment je la comprends

    C’est malheureusement un écueil incontournable : toute (re)construction de la réalité dans une œuvre, donc toute mise en forme déforme fatalement cette réalité. Parce que cette réalité est prise sous l’angle de vue unique d’un artiste qui va poser une sorte de filtre — la mise en scène — sur cette réalité pour n’en faire apparaitre que ce qui sert la forme adoptée.

    Sans aller jusque-là, le simple fait de cadrer, donc, littéralement, de disposer dans le cadre, produit une déformation du sujet qui souvent le valorise et donc le déforme.

    Mais faut-il entendre une connotation négative dans cette déformation dont parle Léautaud ou ne fait-il qu’un simple constat sans conséquence ?

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Ne pas penser structure, penser émotion, ne pas penser personnage, penser émotion, ne pas penser intrigue, penser émotion.

    Ne pas penser structure, penser émotion, ne pas penser personnage, penser émotion, ne pas penser intrigue, penser émotion.

    Phil (Collection Narration)

    Comment je la comprends

    On peut trouver l’explicitation de cet encouragement dans une de mes pages de cours… Laquelle ?… Si seulement on le savait… En tout cas, ça signifie en gros qu’on oublie trop l’émotion lorsqu’on se concentre sur la structure, en pensant que c’est un objet logique. Alors que non, beaucoup de son dynamisme, de sa « logique », repose sur l’émotion. Un personnage s’énerve ? ça produit une action qui va métamorphoser le récit. Un personnage se décourage ? ça produit une rupture dans l’histoire. Etc.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.

    Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.

    Joseph JOUBERT (Pensées (1774-1824))

    Comment je la comprends

    Joubert définit ici les deux qualités qu’il faut à l’autrice ou à l’auteur pour parvenir à une bonne écriture : le don et le talent. Un don naturel, qui vient sans doute d’une certaine disposition cérébrale innée ou mise en place pendant les premières années de vie, et un talent durement acquis par un travail acharné, qui permet au don de s’exprimer librement et sans entrave.

    Par l’idiome « difficulté acquise », qui pourrait surprendre, Joubert veut sans doute affirmer le fait que même avec une facilité naturelle, l’acte d’écrire reste et restera toujours un acte difficile, qui demande effort et acharnement, comme tout acte artistique. Apprendre à composer avec cette difficulté — donc faire qu’elle soit acquise comme le dit la citation — fait également partie de l’expérience nécessaire du bon l’auteur.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • L’art même n’est, à mon sens, qu’inceste entre l’instinct et la volonté.

    L’art même n’est, à mon sens, qu’inceste entre l’instinct et la volonté.

    Marie René Alexis Saint-Léger Léger, dit SAINT-JOHN PERSE (Correspondance, à Paul Claudel, 1er août 1949)

    Comment je la comprends

    Il convient, pour comprendre une telle citation, de chercher à trouver la signification propre que Saint-John Perse donnait à chacun de ces termes forts.

    Il faut comprendre qu’il entendait sans doute par inceste un rapport contre nature et immoral, une relation qui n’aurait donc jamais dû être.

    L’instinct, lui, exprime l’inconscient, l’imaginaire, ce que j’appelle l’imagination libre et qui correspond pour le poète à un continent inexploré d’où viennent les idées.

    Or, cet instinct, pour produire de l’art, doit être contenu, retenu, filtré, par une volonté de fer, une détermination sans faille à tenir son sujet, à l’image du cavalier dominant sa monture.

    Saint-John Perse, par cette affirmation, s’opposait définitivement à la démarche surréaliste — qu’il connaissait bien et étudiait — qui prône par exemple l’écriture automatique, qu’il voyait, pour reprendre son image, comme une monture sans cavalier.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

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  • Une histoire est un mensonge où tout est vrai

    Une histoire est un mensonge où tout est vrai. Et réciproquement : une histoire se doit d’être une vérité où pourtant tout est faux.

    Ph. Perret (Collection Narration)

    Comment je la comprends

    C’est un des grands paradoxes de l’écriture et de la conception des récits. Une fiction raconte une histoire qui n’existe pas — même lorsqu’elle s’inspire de faits réels —, c’est parfois une totale invention et pourtant elle doit paraitre vrai, même lorsque tout y est faux.

    Plus fort encore, elle doit même le paraitre lorsqu’il est patent que tout y est faux, quand, par exemple, les animaux se mettent à parler notre langue, quand les objets, des théières, se mettent à danser ou encore lorsque des hommes et des femmes comme vous et moi possèdent des pouvoirs extraordinaires.

    Et pourtant, malgré ces invraisemblances qui font appel à ce que l’on désigne par la suspension de l’incrédulité du lecteur ou du spectateur, il est indispensable de faire du faux vrai pour maintenir l’illusion de vérité.

    Et vous ? Comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.

  • Sait-on ce que c’est qu’écrire ? Une ancienne et très vague mais jalouse pratique, dont gît le sens au mystère du cœur.

    Sait-on ce que c’est qu’écrire ? Une ancienne et très vague mais jalouse pratique, dont gît le sens au mystère du cœur.

    Stéphane MALLARMÉ (Quelques Médaillons et portraits en pied, Villiers de l’Isle-Adam)

    Comment je la comprends

    Mallarmé définit ce qu’est pour lui l’écriture. Il ne la définit pas comme un art mais comme une pratique, une pratique même très vague, c’est-à-dire pas très bien circonscrite, une pratique protéiforme, c’est-à-dire sans forme réellement définie. Une pratique jalouse aussi parce que peut-être nombreux sont ceux qui voudraient la maitriser. On s’en rend compte sur les réseaux de tout poil…

    Et, bien entendu, le plus important, elle permet de révéler le sens. Et l’on a envie de comprendre ce verbe gésir (« dont gît le sens ») (*) comme le verbe jaillir, car elle permet de propulser le sens hors de soi, hors du cœur, d’éclairer les mystères les plus profonds.

    (*) On en a d’autant plus envie que l’idiome « gésir de » — qu’implique le « dont » — ne signifie rien dans la syntaxe française.

    Et vous ? comment la comprenez-vous ?

    Et vous, comment comprenez-vous cette citation et en quoi peut-elle aider dans notre écriture ? Vous pouvez me le dire en commentaire.